Chaque mère rêve d’un avenir heureux pour ses enfants


3 OCTOBRE 2017

(Sanctuaire d’Apollon – Delphes – Grèce –— 3 Octobre 2017)

–——Jean Casanova

——–Nous sommes en voyage en Grèce, en visite à Delphes au célèbre sanctuaire, au pied du Mont Parnasse, où parlait l’oracle d’Apollon à travers sa prophétesse, la Pythie.

Dans son traité intitulé De la comédie, le philosophe Theophraste rapporte que les Tirynthiens aimaient passionnément à rire, et qu’étant incapables de s’occuper d’affaires sérieuses, ils eurent recours à l’oracle de Delphes, lui demandant à être délivrés de ce fameux penchant.

C’est ce que nous fîmes aussi aujourd’hui, voulant nous aussi, enfin arrêter de rire et vous rendre compte de choses sérieuses. La tuerie de Las Vegas, l’inévitable retour du débat sur les armes à feu outre-Atlantique et la visite que nous faisions à Indianapolis (USA), il y a trois ans, à Shannon Watts. Vous le constaterez, le problème ne date pas d’aujourd’hui.

Shannon Watts est la fondatrice du mouvement Moms demand action for Gun Sens in America, mouvement des mères américaines en lutte pour une législation interdisant le port des armes à feu.

——–Shannon est l’une des mamans ayant perdu leur enfant dans la tuerie de l’école primaire de Sandy Hook (Newton), dans l’État de Connecticut, le 14 Décembre 2012 : 28 morts, dont 20 enfants, le directeur de l’école et plusieurs enseignants. Shannon, mère et conscience civique, comme seuls les États-Unis en fabriquent, décidait au lendemain du drame d’éveiller les esprits et d’entamer ce long et difficile combat.

Il a commencé à porter ses fruits ! Mais vous devinerez qu’il sera long, en prenant connaissance d’un de ses premiers succès.

Target, le troisième distributeur américain, notre Carrefour, Leclerc ou Auchan, par la plume de son directeur John Mulligan, vient d’écrire à ses clients, avec d’infinies précautions : « À partir d’aujourd’hui, nous demandons respectueusement à nos clients de ne pas rentrer en armes dans nos magasins ».

Pour l’européen tombé des nues que nous sommes tous, l’incrédulité l’emporte. Il est vrai quen Gérard Mulliez, propriétaire d’Auchan, ne nous en demande pas tant, conscient du contre-productif et du surréaliste que représenterait le spectacle de nos ménagères derrière leur caddie, la winchester en bandoulière ou le colt au ceinturon. Notre première réaction bien compréhensible restera : à quand un Ciceron US, déclamant pour stigmatiser la barbarie de ses concitoyens : « O tempora, o mores ! »

Oui, la route sera longue, même si d’autres firmes, comme Costco, chaîne alimentaire hard-discount, interdisent explicitement maintenant à leurs employés d’amener leurs armes au travail.

Demandes immédiatement moquées par la grande association de porteurs d’armes Open Carry Texas, indiquant que désormais « clients et employés désarmés seront sans défense face aux agissements criminels des déséquilibrés », résumant ainsi l’esprit du 2° Amendement à la Constitution : le port d’armes est justifié par la légitime défense.

–——Que dire de ce fossé de civilisation entre les deux rives de l’Atlantique, sinon qu’il est l’illustration plus générale de la thèse selon laquelle les Hommes font l’Histoire mais sont aussi le produit de leur histoire.

Et pouvait-il en être autrement dans ce pays, les États-Unis, dont les fondations se sont construites il y a 150 à 300 ans, les armes, sinon à la ceinture, du moins toujours à portée de la main : pour confisquer ces immenses territoires aux Peaux-Rouges et à leurs bisons ; pour repousser à la mer le colonisateur anglais pendant la Guerre d’Indépendance ; pour chasser les esclaves noirs évadés des plantations ; enfin, pour s’étriper l’un et l’autre pendant la Guerre de Sécession, sans oublier de se protéger des chasseurs de primes et des mauvais garçons dans les bourgades sans shérif, scènes immortalisées dans tous les Règlements de compte à OK-Corral du cinéma de notre enfance.

Ceci, alors que dans la féodalité européenne, le port des armes était réservé à la noblesse – malheur au gueux surpris par son seigneur une arme à la main – noblesse instruite qu’elle était, depuis plus de 1000 ans, par les révoltes des esclaves et l’exemple de Spartacus, du danger du peuple en armes. Nos sages et prudents régimes parlementaires, et c’est tant mieux, on perpétué cette interdiction. Nul ne s’en plaindra !

–——Gare aux extrapolations hasardeuses ! Que chacun progresse avec le meilleur de son histoire.

Mais que par un tête-à-queue, sinon plausible, du moins toujours possible, au terme de l’accord sur l’Investissement du Partenariat Transatlantique, plus communément surnommé TAFTA, nous ne voyions pas Charlton Heston, président d’honneur de la National Rifle Association, mettre en demeure l’État français, par procédure arbitrale, d’autoriser sous peine de sanction l’installation de ses armureries dans toutes les villes et tous les villages de France.


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