Je suis un tablar


Pour celles et ceux qui ne se sont pas familiarisé-es avec la langue helvète, tablar vient du latin tabula : planche. Et lorsqu’on dit de quelqu’un-e « qu’ilLE est complètement tablar », cela veut dire « qu’ilLE est complètement royé-e » ! Marteau, quoi !

Pour ce texte, la première définition est la bonne et est vérifiable sur le Larousse du Net. Cette petite mise au point ayant été nécessaire pour la compréhension de ce qui va être décrit par la suite, je peux continuer à divaguer sur ce que je vais devenir après la mort de ma forme humaine.

Souvenez-vous, j’étais un petit caillou rejeté par la montagne-mère et, ma vie durant, je bondis et rebondis au fil des cascades pour finir au fond d’un lit de fleuve qui m’emmène inexorablement vers la mer…et la playa ! (Voir art : de galet, je deviens sable)

Il n’empêche qu’une infime partie de moi, galet, va se détacher de cette petite roche polie par les ans. Cette infime partie fera de moi un minéral, un oligo-élément plus précisément. Et c’est dans la « peau » de cet oligo-élément qu’une partie de ma mémoire pourra s’inscrire sur une des nombreuses pages virtuelles qu’offre l’ère numérique. Merveilleuse ère, si il en est une !

Toujours est-il qu’en tant que sel minéral, j’en aurai rien à battre de cette numérisation humaine qui affole tant les bipèdes qui nous écrasent de leurs grosses paluches. Il faut dire qu’avec la taille d’un nano-micron, je ne me rends même pas compte que je me fais terrasser. Et c’est bien la première fois que je me laisse piétiner sans en éprouver la moindre colère !

Or voilà-t’il pas que je me fais absorber par une racine. Une racine de quoi ? J’en sais foutre rien, mais je me rends compte que je fais partie d’un énorme réseau non pas virtuel, mais radiculaire. Pas le système radiculaire humain, mais celui qui est végétal ou nommé comme tel. Car si on s’émeut peu sur un brin d’herbe écrasé, celui-ci est quand même relié à tout un réseau qui n’a rien à envier aux grands centres de données parsemés de par le monde.

Grâce aux AZAs, AVATAR deviendra un film-culte !

Comme j’ai une grande habitude des liquides – ce depuis l’amniotique de ma vie foetale – je rejoins la sève. Et je me sens aspiré, aspiré, aspiré vers des hauteurs vertigineuses. Ce qui me plaît particulièrement, car je sais que d’autres molécules du galet dont je proviens se traînent encore par les fonds aquatiques. Là, j’ai vue sur le Lac et – depuis le temps que j’y habite à côté sans le voir de chez moi, (ça, c’est le moi humain qui pense) – je vais me la péter un moment, le temps d’être aggloméré dans un cerne de l’arbre qui a bien voulu de mécole. Et en parlant d’aggloméré…

Bref, je me la pète donc, cellule qui constitue les fibres de bois au sommet d’un beau sapin, roi des forêts. Là-haut, je suis bercée par les vents ; je ploie et je déploie ma fibre organique – et non fibre optique pour les geeks demeurés – sous des cieux bleus parfois chargés de nuages, sous la voûte céleste…ou pas, selon la pollution lumineuse ou à cause des cumulus nimbus dont le rôle est de nous arroser. Combien de temps existe-je ? Je ne sais pas, mais on cause pas mal entre cimes et je me fais remettre à ma place par les autres potoes qui me rappellent que l’espace-temps est une notion qui diffère de celui qui est encore imprimé dans mon maudit ADN.

Manque de bol – cela doit être génétique – j’ai ferré un un arbre dont le tronc est marqué par un X orange-fluo ! Comme dit dans mon premier article – je suis un galet – il me faut toujours prendre les voies les plus difficiles afin de pimenter mon existence. Même si j’entends siffler le vent, je sens une vibration et ressens une terrible sensation de douleur qui vient par vagues de moins en moins fortes. Est-ce mon équilibre qui me trompasse ou est-ce que nous penchassons dangereusement vers le sol ? Toujours est-il que nous nous écrasons alors sur la terre ferme, dans un chambard à tout casser. Un bruit odieux qui va nous poursuivre jusqu’à ce que l’on soit réduit en copeaux.

En tant qu’homo sapiens – celui qui écrit en ce moment – je n’aurai jamais fait partie des 200 spécimens qui se sont fait plastiner selon le procédé mis au point par l’anatomiste Gunther von Hagens et qui font actuellement partie de l’Exposition itinérante Body Worlds. Expo qui soulève des polémiques partout où elle s’installe et qui est actuellement à Genève.

Cependant, me retrouver ainsi en copeau de bois plastiné d’un contreplaqué qui sert de tablar…

Nom d’une pipe en bois dur, mais dans quel étagère !

Gene


Une réflexion sur “Je suis un tablar

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