De la barre à la barre


(Tribunal de Grande Instance de Paris – 4, boulevard du Palais – Paris 1° —– 14 Mai 2017)

–—–Jean Casanova

——-Nous sommes le 14 Mai. Reprend aujourd’hui dimanche, au TGI de Paris, boulevard du Palais, le procès du capitaine responsable de l’échouage du Costa Solferino. Circonstance aggravante, l’abandon de son navire en plein naufrage.

De la barre à la barre. Extrait dans la matinée de la timonerie de l’Élysée où il tenait encore la barre la nuit dernière, le capitaine Francesco Batavio, s’est vu traîné à la barre des accusés, simple prévenu au grand procès en responsabilité du naufrage du Costa Solferino.

Lorsque nous disons prévenu, nous ne signifions pas que Francesco Batavio avait été alerté ou alarmé, nous voulons parler de l’extrême prévention en sa défaveur, celle de commandant le plus impopulaire, et pour cause, l’abandon de son navire, le plus impopulaire de l’histoire de la marine marchande. Retour sur ce moment tragique, la fuite du navire en plein naufrage, dans la soirée du 1er Décembre 2016.

——-Alors que depuis plusieurs mois, le Costa Solferino, l’un des plus gros navires de plaisance, fleuron et fierté de sa compagnie d’armateur, la Social Liberal Trans Maritima Incorporation (SLTMI), était échoué sur une bande rocheuse parsemée de récifs à quelque miles des Îles de la Nationalité et du Code du Travail, le capitaine Francesco Batavio, non seulement responsable des fausses manœuvres ayant conduit à l’échouage et au naufrage consécutif, le capitaine Francesco Batavio quittait la passerelle et le navire, livrant les passagers à leur sort. L’honneur d’un capitaine perdu à jamais.

——-Un capitaine sans remords. Le Costa Solferino, ce prestigieux fleuron de la SLTMI, jaugeant 200 000 tonneaux et de 300 m de long, équipé de quatre ponts de luxe, municipal, départemental, législatif et sénatorial, avait quitté en grande pompe son port d’attache en Mai 2012 pour une longue croisière d’une durée de cinq ans.

L’extrême euphorie à bord des premiers mois cédait peu à peu le terrain à l’incompréhension et à l’inquiétude devant les manifestes erreurs de navigation du capitaine, dont le pourtant bien réel et régulièrement obtenu brevet de capitaine de pédalo acquis à la piscine municipale de Tulle, montrait que l’on avait peut-être mis la barre un peu haut. Et, dans une timonerie, la chose est bien souvent fatale.

Après une grosse avarie en 2014, aboutissant à la submersion quasi complète du pont inférieur, le pont municipal, et à la noyade de centaines de maires et conseillers municipaux, l’angoisse s’emparait définitivement des passagers.

Sans pour autant malheureusement les conduire à une demande impérative d’accostage et de mise à pied de l’homme à la barre. La croisière continuait.

——-Jusqu’à la funeste année 2016, où, au large des récifs rocheux des Îles de la Nationalité et du Code du Travail, Francesco Batavio, voulant une fois de plus démontrer sa maestria, se prêta au jeu dangereux de l’inchino, la « révérence », manœuvre consistant à frôler la côte à la grande vitesse de 49,3 noeuds pour saluer la statue de la Vierge du MEDEF qui en surplombe la corniche.

Heurtant les écueils, la coque éventrée, le Costa Solférino se couchait sur le côté et entamait son naufrage. Près de 3200 députés, sénateurs, conseillers départementaux et régionaux, leurs familles et leurs proches collaborateurs, quelquefois souvent attachés, cherchaient en vain à gagner les chaloupes de sauvetage, certains frondeurs sautant à la mer pour rejoindre le rivage à la nage. Pendant que Francesco Batavio, alors que l’honneur lui commandait de rester sur la passerelle pour y diriger les opérations de sauvetage, quittait le Costa Solferino dans la soirée du 1 er Décembre sur un petit pédalo qu’il avait fait secrètement descendre à la mer.

Toutes ces braves gens étaient heureusement rescapées ; y compris un des officiers de bord, Manolo Rumba, véritable miraculé, retrouvé survivant trois mois plus tard dans une poche à air de la soute submergée du Costa Solferino.

–—–Manœuvres dangereuses et irresponsables comme celle de l’inchino, la « révérence », coups et blessures involontaires, énorme préjudice moral, abandon de navire, les incriminations sont lourdes et le Parquet décidé à la plus grande sévérité. L’audience s’ouvre dans un climat des plus pesants.

Le Costa Solferino échoué est irréparable, ont prononcé les experts en armement naval et politique. Les travaux de démantèlement et de recyclage ont commencé. Ils seront coûteux. Les énormes dégâts causés à la faune et à la flore des îlots de la Nationalité et du Code du Travail, labourés par la coque éventrée, sont estimés eux à plusieurs milliards d’euros. Le montant définitif et le mécanisme final d’indemnisation seront évoqués au procès.

L’ambiance est désastreuse à la Social Liberal Trans Maritima Incorporation dont l’affaire du Costa Solferino pourrait être le prélude du dépôt de bilan.

–—–Chez les gros affréteurs habituels de la SLTMI, la Banque, le CAC 40 et le MEDEF, clients de la firme depuis plusieurs années, des esprits précautionneux avaient heureusement pris soin d’anticiper le comportement à risque de Francesco Batavio et le naufrage du Costa Solferino.

Sage précaution. Les chantiers navals du 75, avenue Bosquet, à Paris, faisaient construire en grand secret depuis plusieurs années un nouveau modèle de clipper, ces voiliers à la silhouette fine et racée, adaptés à la croisière et au transport de marchandises à longue distance. Un prototype, l’Emmanuel, vient d’être mis récemment à flot avec comme ambition le renouvellement de la croisière de luxe.

« La catastrophe du Costa Solferino aura au moins permis d’en finir avec ces géants des mers d’une époque révolue », nous ont dit Pierre Gattaz et Benjamin de Rothschild, grands amateurs de croisières.

De son côté, la Conservative Trans Maritima Incorporation, rivale de la SLTMI, étudie le projet de démantèlement du jumeau des mers du Costa Solferino, le Costa Republica, ainsi que l’acquisition très disputée du clipper Emmanuel.


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