Que cache le syndrome-du-tout-va-très-bien ?


(Terrasse des Deux Magots – 6, Place de Saint-Germain-des-Prés – Paris 6° —– 11 Mai 2017)

–—–Jean Casanova

À la terrasse des Deux Magots, place Saint-Germain-des-Prés

——-L’étude de la chose est assez inhabituelle, mais ne manque pas d’intérêt.

Non pas qui sont, leur anonymat sera respecté, mais que sont ces près de 8 millions de petits fantassins du néolibéralisme, nous entendons par là, ceux qui le 23 Avril ont déposé dans l’urne un bulletin Emmanuel Macron ? Quelquefois même, pour se dérober à leurs responsabilités, alléguant des préoccupations du niveau d’un comptoir de bar-PMU.

Nous avons voulu en rester à l’essence chimiquement pure, celle du 23 Avril, la majorité du 7 Mai étant beaucoup plus composite, représentant elle, l’accord est fait à ce sujet, tout ceux qui voulaient faire barrage à une autre malfaisance jugée à juste titre supérieure. Et nous les comprenons, en faisant nous-mêmes partie. Revenons donc à cette essence chimiquement pure du 23 Avril.

–—–Sur ces petits fantassins du néolibéralisme du 23 Avril, beaucoup a été dit, mais peut-être pas tout. Sur leur catégorisation quant à leur tranche d’âge, plus de 60 ans, nous n’y mettons là aucune connotation péjorative ; quant à leur situation matérielle, l’aisance mais sans plus ; leur niveau d’instruction, relativement élevé, mais là encore sans atteindre les sommets ; et surtout leur position idéologique quant à la mondialisation heureuse. Ne les accablons pas, sans en être des partisans forcenés, ils s’en accommodent assez largement, la jugeant relativement supportable quant à leur situation de retraités ou quant à celle de leur progéniture suffisamment diplômée pour y être confortablement installée. En tous les cas, souvent bien installés dans l’absolue certitude d’être de Gauche.

Il demeure un angle d’étude insuffisamment exploré, celui de leur typologie psychologique.

——-Nous sommes aujourd’hui à Paris, toujours à la terrasse des Deux Magots, place de Saint-Germain-des-Prés, là où nous échangions il y a quelques jours avec la sexologue Samantha Dubray sur le thème des raisons de simuler l’orgasme. Poursuivant notre étude de ce qu’a révélé la grande séquence électorale des dernières semaines, nous avons voulu vous livrer aujourd’hui la teneur de notre entretien avec Zorban Milescu, auteur d’un article récent qui a fait grand bruit : « Que cache le syndrome du-tout-va-très-bien ? »

D’origine roumaine, Zorban Milescu, psychologue et politologue, est directeur du Département de Psycho-typologie Politique au CEVIPOF (Centre d’Études de la Vie Politique Française – Sciences-po Paris).

Sa grande ressemblance avec un acteur de cinéma toujours très populaire et pourtant aujourd’hui disparu nous a fait nous interroger un instant sur une proche parenté, voire une éventuelle filiation, d’avec ce regretté monument du cinéma français. Il n’en est rien et quand bien même cela aurait été, la chose n’aurait rien changé quant au sérieux et la haute tenue de ses propos.

–——Zorban Milescu, bonjour ! Pourriez-vous brièvement présenter à nos lecteurs et lectrices ce champ scientifique encore largement méconnu, la Psycho-typologie Politique ?

Avec grand plaisir, cher ami ! Et très brièvement, comme vous le souhaitez. La Psycho-typologie Politique qui emprunte à la démarche psychanalytique, se propose d’étudier les origines profondes, indépendantes de la situation matérielle, idéologique ou culturelle d’un sujet, les origines profondes conduisant à ses choix politiques en matière électorale.

C’est d’ailleurs à ce titre que le CEVIPOF a bien voulu me confier l’organisation d’un laboratoire de recherche en son sein.

——-Merci, Zorban Milescu ! L’approche est effectivement très intéressante. En l’occurrence, nous vous laissons la responsabilité de la formule, allusion au titre de votre article, vous pensez nos 8 millions de petits fantassins largement atteints de ce syndrome, le Syndrome du-tout-va-très-bien ? Est-ce bien cela qu’il faut entendre ?

Effectivement ! Jamais une ombre au tableau, toujours une attitude compréhensive et soumise ; pour certaines personnes, adeptes de la satisfaction permanente, tout semble aller très bien tout le temps. Et des raisons d’insoumission, il n’y en aurait aucune.

Nul SDF dormant sur des cartons, nulle soupe populaire, nulle précarité, sauf peut-être en amour, nuls déserts médicaux, nulles délocalisations… Un réchauffement climatique certes, mais la climatisation y pourvoira. Pas d’institutions politiques corrompues et gangrènées. Un barrage anti-lepénisme qui, quoique les eaux montent, devrait encore tenir quelques années. En somme et en résumé, tout-va-très-bien.

——-Zorban Milescu, on connaît la chanson « Tout va très bien, Madame la Marquise, tout va très bien… », on déplore pourtant la mort d’une jument grise. De quoi, psychanalytiquement parlant, cette fixité du comportement – tout va très bien – est-elle selon vous le signe ? Comment se construit mentalement ce systématique déni, nous dirions cette soumission, chez certaines personnes ?

L’élément essentiel de cette construction réside dans une attitude défensive adoptée inconsciemment pour ses effets protecteurs. Ne pas voir pour ne pas souffrir. Afin de rétablir son équilibre psychique, la personne remanie la réalité à la fois autour d’elle et en elle. Affublées d’un « faux self », ces personnes pourtant très performantes et très adaptées, sont en réalité en souffrance et cherchent à donner le change.

——-Que nous dit donc la Psychanalyse à ce sujet,Zorban Milescu ?

Cette construction aux origines très archaïques découlerait du type de relations nouées très tôt par le bébé avec sa mère. Percevant des réactions maternelles inadaptées à sa demande, l’enfant a senti que l’on attendait de lui certains comportements. Très tôt, l’enfant s’est construit autour de la décision « quoi qu’il arrive, tout va bien ». Maman sera contente de moi.

–—–Ne pourrait-on pas parler à ce sujet, plus simplement, Zorban Milescu, d’optimisme ou de recherche d’un certain confort ?

Je ne le pense pas. L’étrange indifférence à la souffrance, celle des autres plus que la sienne, est toujours le signe d’un trouble profond. Compétents et sains du point de vue cognitif et comportemental, apparemment normaux, ces individus posent un douloureux problème au reste du corps social dont ils nient les difficultés. Avec eux, les relations manquent cruellement de naturel et de créativité. Tout va très bien. Ils sont comme dans une bulle. On sent très bien que quelque chose ne va pas chez eux.

Plus grave qu’une résignation, il existe chez eux une grande soumission à la fatalité, une acceptation profonde, qu’ils veulent rassurante, de l’ordre existant. Ils ont perdu les fondamentaux du vivre ensemble.

 

 


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