SOCIOPATHE.


En situation de débat, autrement dit de démocratie directe, Le Pen fit la démonstration de son incapacité psychique au moindre vivre ensemble.

Que ce soit à l’égard de Macron, à celui des journalistes modérateurs ou à celui des spectateurs confinés derrière les grilles de la cage de cirque qu’elle referma sur sa prouesse de dompteuse face au supposé fauve de la finance.

La logique bestiale du coup de fouet permanent qui la domina du début à la fin finit par frapper tout un chacun – journalistes comme auditeurs, hébétés par l’inhumanité d’une situation qu’elle fabriqua de bout en bout en réquisitoire d’avocat général – du genre de ceux qui sévirent lors des parodies de procès nazis, staliniens, fascistes et qui sévissent encore entre autres en Corée du Nord.

Pour la victime, la bête, le condamné, c’était joué d’avance. La présomption d’innocence, Le Pen connaît pas. La règle démocratique, Le Pen connaît pas. La sociabilité et le citoyen, Le Pen connaît pas. L’Autre, le Pen connaît pas. Elle est son père en pire. Son incapacité psychique à toute empathie de l’instant est héritée de son géniteur. Cette carence porte un nom en psychopathologie: la sociopathie. Il s’agit clairement de cela car, tout de même, celui qui lui faisait face est un de ces français chers à ses critères.

Donc, le « Français », les français, Le Pen ne connaît pas.

Le Pen ne connaît, ne reconnaît et ne reconnaîtra jamais que les lepénistes.

Faut-il vous faire un dessin – comme l’a titré Charlie – ?

Je ne suis pas sûre que Macron sera élu. Dans mon esprit le doute subsiste. Je crains les ravages – qu’on a vu et qu’on voit suffisamment avérés dans l’histoire et le monde – que produit une psychopathologie meurtrière lorsqu’elle est banalisée par un protocole institutionnel de normalisation de la vie civique et politique. L’effroi et le dégoût peuvent augmenter l’abstention d’une part. D’autre part, la décompensation à laquelle s’est abandonnée Le Pen, son lâchage du frein moral et sociétal peuvent autoriser le passage à l’acte chez ceux et celles qui se trouvent sur le point de rupture. Et c’est cela qu’elle a cherché. C’est cela qu’elle s’est donné pour objectif – le débat, rien à foutre.

Il s’est agi pour elle de « casser les codes ». De quels « codes » et de quelle « casse »s’agit-il?

De tout l’institué si elle est élue, de tout ce qui voudra se réinstituer si elle ne l’est pas.

Croire que les législatives vont permettre d’ouvrir une issue au désastre est, de mon point de vue, une illusion. Les vieilles habitudes électorales, le corset qui les régit, les  routines politiciennes reprendront le dessus à partir du désastre de ce mercredi 3 mai. 15 millions de personnes ont subi le lavage de cerveau que voulait leur infliger Le Pen. Toutes, évidemment, n’y auront pas cédé. Cependant la dissémination de la violence unilatérale, totalitaire, négationniste (je parle ici de la négation de l’altérité) aura eu lieu.

Cette violence dé/freinée va contaminer le processus électoral législatif et il se peut que celui-ci ne puisse se dérouler dans les conditions légales. Le coup d’État n’est pas loin. Il y suffit du désordre et le désordre sera. Le désordre fut le maître du « débat démocratique » d’hier. Le désordre, l’abus de pouvoir, la négation du social élémentaire. Tout est permis, Le Pen l’a démontré. Elle « dressait » l’humain réduit à l’animal rétif. Bâillon systématique de l’autre parole, défiguration, harcèlement où se profilait le désir d’une mise à mort.

La sixième République de Le Pen est à sa portée. Si ce n’est pas par la loi, ce sera contre elle.

Que les médias, parce qu’il leur faut bien remplir leurs heures d’écoute et leurs colonnes, continuent à traiter Le Pen comme un candidat « normal », « égal aux autres » parce que tel l’ordonne la loi – elle qui ne l’a pas respectée – en pinaillant sur des insignifiances, en jouant sur les mots, en donnant largement la parole à ses séides et en refaisant névrotiquement le débat est une catastrophe. Ils ne peuvent faire autre chose que ce qu’ils font depuis des lustres. Ils ne peuvent déroger à la règle qui leur fait obligation de s’ouvrir à l’expression libre du pire. Les « journalistes honnêtes », comme disait Ferré, vont devoir, eux aussi, casser ces codes. Et vite si l’on veut continuer à respirer. À exister.


2 réflexions sur “SOCIOPATHE.

  1. Je n’ai pas eu envie de regarder le débat, mais avec tout ce qui se dit, j’ai presque envie de le regarder en revenant des commissions. Toujours est-il que par chez nous, il semblerait que Macron s’en est bien sorti et que les sondages lui sont favorables, qu’il n’a pas été déstabilisé par cette bonne femme et, contrairement à elle, il a pu argumenter un programme alors qu’elle pratiquait le déconstructionnisme. J’ose espérer que les FrançaisES feront le bon choix.

    J’en reparlerai dès que j’aurai surfé sur le débat… Je n’ai pas envie de me payer la totalité 😉

    Bises
    Gene

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