L’Oracle d’Amérique


(Café Déjazet – 41, boulevard du Temple – Paris 3° —– 30 Avril 2017)

——-Jean Casanova

——-Il s’y attendait ! Et d’ailleurs, n’avait-il pas fait tout pour ? Peut-être pas toujours sciemment, accordons le lui.

–—–Chers lecteurs, c’est le sens de notre intitulé Oracle d’Amérique, la situation politique créée au soir du 23 Avril n’est pas sans offrir nombre de points de ressemblance avec celle de la dernière ligne droite de la présidentielle américaine de Novembre 2016. Vous en connaissez l’issue. Jusqu’où pourrait aller le parallèle ?

Au soir du 7 Mai, quelles seront les deux France départagées ? Tous les commentateurs et analystes ne parlent plus de la France de Droite et de la France de Gauche, traditionnelles figures jusque-là consacrées du bipartisme après plus de 30 ans d’alternance unique.

L’expression alternance unique, empruntée au philosophe Jean-Claude Michéa dans son livre L’Empire du moindre mal, désigne la séquence politique où se succèdent alternativement un Président de Droite pour un Libéralisme de gauche, puis un Président de Gauche pour un Socialisme de droite. La figure est certes audacieuse, mais ne manque pas de quelque véracité.

Après la France de Droite et la France de Gauche, il est évoqué maintenant l’affrontement d’une France ouverte et d’une France fermée, d’une France d’en haut et d’une France périphérique, d’une France mondialisée et d’une France repliée, d’une France urbaine et d’une France rurale, d’une France méprisante et d’une France méprisée, toutes formules certes imparfaites et approximatives mais qui ne manquent pas d’interpeller.

——-Nous retrouvons aujourd’hui à la terrasse du Café Déjazet, boulevard du Temple, à quelques pas de la si mémorable Place de la République, Christophe Chatouilly, géographe et auteur d’essais et d’articles très remarqués sur les fractures françaises et leurs nouvelles dichotomies socio-politiques. Il nous a semblé être l’homme à interroger aujourd’hui.

——-Bonjour Christophe Chatouilly. En ce lendemain du 23 Avril 2017, un candidat de gauche qui émerge en force, mais échoue de peu, une candidate « nationaliste » et xénophobe, un sauveur social-libéral proclamé, cela ne peut que nous amener à un parallèle avec la situation américaine de l’automne dernier, Mélenchon – Sanders, Le Pen – Trump, Macron – Clinton. On en connaît l’issue fatale. Cet Oracle d’Amérique n’est-il pas préoccupant ?

Tout à fait, cher ami. D’autres similitudes doivent nous interpeller. La première est l’entrée en politique de la jeune génération. Baptisée aux États-Unis les Millenials, elle est beaucoup plus ouverte culturellement et plus progressiste que ses aînés. 80 % des moins de 30 ans ayant participé à la Convention démocrate avaient choisi Bernie Sanders. En France, c’est Jean-Luc Mélenchon qui arrive largement en tête chez les jeunes, avec 30 % dans la tranche d’âge des 18 – 24 ans.

Vous noterez également l’aspect digital ou numérique comme élément central de cette nouvelle dynamique, ceci dans les deux pays. C’est une donnée supplémentaire indiquant la désaffiliation par rapport aux partis traditionnels.

Le hashtag que l’on a vu surgir de ci de là en France ces derniers jours « Sans Moi Le 7 Mai » n’est pas non plus sans rappeler les réactions de ces jeunes électeurs de Sanders refusant de voter Clinton car elle faisait partie, disaient-ils, « du problème ».

–—–Christophe Chatouilly, jusqu’où pourrait aller votre parallèle avec la situation française ?

La configuration du second tour en France me permet d’y venir.

Pour tenter d’atteindre l’Élysée, MLP va sans doute adopter une rhétorique à la Trump face au même archétype de candidat : taper sur l’establishment, le « système » et voler des mots à la Gauche, bien entendu des mots seulement.

Les sondages le disaient, Clinton était la seule à pouvoir battre Trump. Une frange importante des électeurs classés en principe à Gauche avait en conséquence voté « utile » aux primaires démocrates, ceci au détriment de Bernie Sanders. On sait ce qu’il en advint. Hillary Clinton s’effondra au final face à Donald Trump. Elle ne s’était pas adressée aux milieux populaires, se contentant de gérer au plus serré son électorat de la mondialisation heureuse, les couches moyennes urbaines aisées. L’électorat en France d’Emmanuel Macron.

–—–Pronostiquez-vous Christophe Chatouilly, à une semaine du second tour, la réédition en France de ce scénario catastrophe, celui que pourrait faire craindre cet Oracle d’Amérique ?

Nous allons nous employer à le rendre impossible. Mais il n’est pas totalement exclu. La leçon doit demeurer pour l’avenir, car l’Histoire n’est pas terminée.

Toute méconnaissance et non prise en compte des véritables fractures françaises – 30 à 40 ans, deux générations, de chômage structurel de masse, le précariat et la grande pauvreté qui se développent, le recul des services publics et de l’État social devant le système Marchandise, surtout lors des deux quinquennats précédents, les délocalisations et la désindustrialisation, le défi écologique et celui de la transition énergétique… – tous éléments non pris en compte pour se déterminer au 1° tour par l’électorat macronien, celui d’une France d’en haut boboïsée, tout ceci ne pourra nous conduire qu’à un désastreux coup d’après.

M. Macron, saurez-vous réconcilier les deux France ?


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