UNE MONNAIE DE SINGE POUR LES PIGEONS


Le Pen sort des fonds de tiroir du FN son « nouveau plan Euro », lequel consisterait à soumettre les français (et ultérieurement les européens car le dit plan est soutenu par la plupart des extrêmes droites de l’UE) à l’imposition de deux monnaies, l’une nationale (le Franc) l’autre « commune à l’UE » (l’Euro). Cette dernière « serait réservée aux échanges commerciaux entre les entreprises » – le Franc, lui, aux « dépenses quotidiennes et échanges internes à la France ».

C’est là exactement le projet qu’avait déjà ourdi son père en 2001, dès l’entrée en vigueur de l’Euro (et qu’il soutenait lors de la campagne présidentielle de 2002).

Cette double parité rejoint ce qui se passe en Russie (de même que l’URSS l’avait déjà instituée en son temps): une sous- valeur du rouble « intérieur » contre une surévaluation du rouble extérieur valant sur les marchés. La même double parité existe pour le Peso argentin. Elle exista également à Cuba jusqu’en 2013, ainsi que dans les pays africains rattachés à la France, entre le Franc CFA et le Franc « métro » où elle persiste aujourd’hui entre le Franc CFA et l’Euro.

Il est probable que la visite de MLP à Poutine eut (entre autres) pour objet d’affiner ce projet – puisque la Russie le pratique, avec la réussite sociale et démocratique que l’on sait.

Quel est le véritable but de l’entourloupe?

Que l’Euro ne serve qu’aux investisseurs, à l’action des marchés, à la spéculation boursière et à l’enrichissement des plus riches. Le Franc, lui, dont on ne sait s’il pourrait être convertible et surtout, s’il l’était, à quel taux il pourrait l’être et selon quelle parité (stable ou flottante par rapport à l’Euro, on ne sait pas – dans la plupart des pays pratiquant une double parité monétaire les États peuvent à leur gré jouer sur la sous-valeur de la « monnaie intérieure » à leur guise…) ne servirait qu’à payer tout ce qui ne rapporte pas: salaires des fonctionnaires et bas salaires, subventions, aides sociales, remboursements médicaux (bas de gamme du tout-venant), allocations et, cerise sur le gâteau, tout produit agricole issu de ces fameux « circuits courts » si chers à l’alibi écologiste…

En d’autres termes, monnaie de singe pour l’intra-national, monnaie spéculative hors des frontières: voilà pourquoi il est si important de rétablir les frontières. L’escroquerie est énorme. La France s’alignerait ainsi sur le modèle du rapport existant par exemple en Afrique entre Franc CFA et Euro.

Je cite ici un extrait de La Seconde Chance (Sulliver 2009) qui anticipait déjà la mise en place générale de ce système de double circuit financier (dans le roman sur le plan mondial mais il est à peut près certain qu’on y va tout droit). La sécession du « principe monnaie » en deux circuits, séparés et étanches, sur un même territoire, entraîne obligatoirement une fracture démocratique fondamentale, elle aussi, en deux étages: démocratie « inférieure » de l’intra-national, démocratie « supérieure » des riches jouissant de la monnaie forte dans les échanges internationaux manipulant d’énormes richesses et sur les marchés financiers puisque ne seront cotés en bourse que les déjà nantis: les luttes syndicales dès lors n’auront plus de sens en perdant leur levier de pression…

Il faut s’insurger, par tous les moyens, contre cette entreprise.

« A cette époque de cette Deuxième Phase du Consensus (2091), les Universali Viventi (UV) forment la Caste dirigeante (le terme a remplacé celui de « classe » considéré comme « dommageablement objectif »). Ils jouissent des Libertés Ouvertes, d’un statut planétaire héréditaire et de la monnaie universelle (le Vivente ou Viv), étalon des investissements, des affaires et des traités. Ils occupent les postes décisionnels au sein des Consortiums de gestion politique : conseils d’entreprises et élaboration des lois. Ils usent de véhicules et habitations individuels (Fonctions mobiles et immeubles) et, enfin, ne sont pas assujettis aux frontières.

Ils choisissent entre eux, par tirage au sort, cooptation ou élection selon les Chambres, la Nomenklature de la Démocratie Universelle (Organisation des Natifs Universels : ONU). Grâce aux cures rétrocellulaires (la rétrocure est un procédé de rajeunissement par rappels embryologiques), leur espérance de vie peut dépasser 130 ans. Ces cures posent des problèmes de maîtrise car les patients entrent en conflit avec leur passé et doivent surmonter les perturbations causées par les deux vecteurs temporels contradictoires (temps linéaire et rétroaction cellulaire). L’âge moyen de la 1ère cure se situe vers 55 ans, la psyché ayant atteint son maximum structurel de stabilité. Les cures se déroulent en groupes, lors de séjours spatiaux, afin de profiter de la distorsion temporelle pour limiter les effets secondaires.

Par souci de conserver « l’empreinte écoculturelle », la population est divisée en Nations : les Subnationaux (Subs) sont assujettis aux Libertés Fermées et soumis aux monnaies régionales (euro, rouble, americano, africani, yen) régulant la partition alimentaire et salariale interne (non convertibles en vivs, sauf à taux exorbitant et pour certaines catégories sociales seulement) : ces monnaies nationales (MN) n’ont pas cours sur le marché des affaires (Grand Jeu).

Les Subs ne se déplacent pas hors les frontières, sauf transferts contrôlés par l’industrie (Concentrations). Ils travaillent dans les Agences Nationales d’Emploi (ANE) qui les forment, les salarient et louent leurs compétences aux industries et aux services. Aucun contrat ne les lie donc plus directement aux entreprises. Ils usent de transports en commun (écobus, écoplane, écoboat) et vivent en habitat collectif (ruches). La plupart des infirmités physiques sont compensées par prothèses biocyber (cécité, surdité, mutisme, paralysie et amputations) et les soins médicaux sont gratuits (prophylaxie maintenant la force de travail) mais les Subs n’ont pas accès aux cures de longévité ; le suivi psychologique obligatoire, maintenant la majorité de la population sous psychotropes et anti-dépresseurs, réduit les risques de révolte.

Cependant, les conflits inter-nationaux sont fréquents (Duels : règlements de comptes UV engageant des armées privées Subs pour motif concurrentiel, à l’issue desquels certains Subs peuvent être promus – Libérations – et incorporés dans la Poliçarmée ou Polka : ils ont alors accès aux vivs et/ou à la propriété privée voire au libre déplacement et aux cures). Les Subs sont consultés tous les cinq ans, à titre purement formel, au nom des Droits Humains Fondamentaux via les Syndicats, où siègent un tiers d’UV, un tiers de doyens Subs et un tiers de « Syndics-en-soi ». Elus des ANE qu’ils dirigent et où la syndicalisation est d’ailleurs obligatoire, ces derniers peuvent acheter leur mandat qui devient alors charge héréditaire ; le renouvellement des Syndics s’opère donc en général par le meurtre, de préférence avant l’achat de la charge : cette procédure est héritée de l’ancienne Maffia, en partie incorporée dans la caste dirigeante.

Réglementé, l’accès de Subs à la caste UV procède par l’encadrement (correspondant aux anciennes fonctions régaliennes des États : Université, Banque, Poliçarmée, Syndic et Duels). Les Subs libérés forment une caste intermédiaire (Lumpenbourgeoisie).

Les lupos spéculent sur le Petit Marché (Petit Jeu) : les MN y sont converties en Vivs moyennant l’obligation de vente/achat de matières premières ou produits à des tarifs fixés par le Grand Jeu (le but du Petit Jeu est d’évaluer les capacités de ruse managériale des lupos). Certains intègrent définitivement la caste UV par Adoption (dite aussi Rebirth : « nouvelle naissance ») quel que soit leur âge : ils renoncent alors officiellement à leurs noms et à leurs liens familiaux mais leurs héritiers ne peuvent accéder à la Nomenklature qu’à partir de la 3e génération.

Ce système montre depuis cinquante ans son adéquation à ce que l’ONU nomme “paix civile” : aucune revendication ne peut plus s’appuyer sur un dénominateur commun et les conflits se résorbent dans le cadre subnational sous le contrôle des lupos (Syndics et Polka).

Ce mode de gouvernement mondial (Nomenklature Onusienne) fut instauré en 2040, en réaction aux deux Révolutions Noires qui avaient suivi les Grandes Catastrophes (écologiques, industrielles et financières) de l’Année Morte – comme on appelle aussi cette tragique Année Sans Date, tragique au point qu’on la sortit du calendrier. Il s’inspire des structures de l’Empire américano-européen (1996-2010 puis 2014-2036). Il s’agit du mode « des deux doubles pouvoirs », système complexe et prétendument « démocratique », qu’on peut résumer comme suit :

  1. Double pouvoir horizontal de l’alternance permanente, qui fait obligation à la caste dominante, appelée « droite » (UV) de gouverner avec l’opposition, appelée « gauche » (Syndics) ;
  2. Double pouvoir vertical sur deux niveaux : National (plan étatique) et Planétaire (plan universel). Le second relie à lui subsidiairement le premier mais peut déléguer pouvoir législatif et exécutif. Cela n’a presque jamais lieu car, selon la formule consacrée, « les nations proposent et la planète (c’est-à-dire l’ONU) dispose ». Cette pratique de la subsidiarité avait montré ses performances en matière d’ordre social avec les USA (United Stades of America) et l’UE (Union Européenne).

Après deux guerres révolutionnaires extrêmement meurtrières – celle qui accompagna le 1er Sigui (2027-2034) puis la Révolution Noire de 2036 –, le Consensus onusien s’appuya sur une vieille déclaration d’Alexander Hamilton remontant aux années 1780, théoricien du fédéralisme américain et disciple de Hobbes, adoptée à l’unanimité lors de la Session Extraordinaire de Reconstitution du 28 Mai 2040 :

« Toute communauté se partage entre l’élite et la multitude. La première se compose des créateurs de richesses et gens éclairés, la seconde de la masse du peuple. La voix du peuple a été considérée comme la voix de Dieu et, bien que cette maxime soit régulièrement reprise et généralement admise, elle n’est pas fondée dans les faits. Le peuple est turbulent et changeant ; ses jugements et ses décisions sont rarement justes. Il faut concéder à la première catégorie un rôle spécifique et permanent dans le gouvernement des affaires. Une assemblée démocratique qui s’en remettrait à la masse populaire peut-elle présenter une cohérence dans la recherche du bien public ? Seul un corps permanent peut pallier l’imprudence de la démocratie. »« 

(Anne Vernet, la Seconde Chance, Sulliver 2009)


2 réflexions sur “UNE MONNAIE DE SINGE POUR LES PIGEONS

  1. Vision très intéressante du futur que je ne pense pas si éloignée que cela, puisque même chez nous – laboratoire démocratique sur lequel l’Europe s’est appuyée (en oubliant les mises en garde du Genevois Rougemont) – on instaure déjà des monnaies locales qui ne seraient pas « influencées » par les cours des Bourses. Monnaies de singe qui ne valent absolument rien auprès des gens qui n’y souscrivent pas.

    Espérons que les blockchains vont pouvoir changer la donne…quoique le bitcoin est encore beaucoup trop cher. Mais diverses pistes sont ouvertes, ce qui pourrait inverser les pouvoirs…pour autant que l’on s’intéresse un tant soit peu à l’informatique ou qu’on soit adeptes des prises de têtes pour le moment.

    Merci Aniouta
    Bises
    Gene

    J'aime

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