La Nuit des Longs Couteaux


(Siège des Éditions L’Empoignade – 25, rue des Coupe-gorge – Paris 5° —– 17 Avril 2017)

–—–Jean Casanova

——-L’éminent politologue et historien René Rémond, auteur de l’ouvrage de référence en France et à l’étranger, Les Droites en France, trop tôt arraché en 2007 à l’affection de ses proches et de ses étudiants, a bien voulu revenir vers nous pour nous dévoiler les bonnes feuilles de sa prochaine parution, La Nuit des Longs Couteaux.

La Nuit des Longs Couteaux, en parution dans les prochains jours aux Éditions L’Empoignade, est consacré à la nuit de meurtres du 23 Avril 2017, véritable nuit médiévale à l’abbaye de Solesmes, proche de Sablé-sur-Sarthe.

René Rémond nous reçoit aujourd’hui au siège des Éditions L’Empoignade, rue des Coupe-gorge à Paris. Nous en profitons au passage pour vous donner la définition de ce mot composé. Un coupe-gorge est, selon Larousse, un lieu écarté, un endroit suspect où l’on court le risque d’être assassiné ; quelquefois encore, un tripot où l’on dépouille les joueurs naïfs. En littérature, le mot désigne une situation semée d’embûches.

–—–René Rémond, bonjour ! Soyez assez aimables, avant d’en arriver à la relation de cette nuit d’épouvante du 23 Avril 2017, soyez assez aimables de nous éclairer sur l’origine du terme « longs couteaux ».

Bien naturellement, cher ami ! Le terme de « longs couteaux » est une traduction littérale de l’onondaga amérindien, assarigoe, qui signifie « coutelas ». C’était le mot par lequel les Iroquois désignaient encore au XIXe siècle les soldats de la cavalerie américaine, en référence aux longues épées portées par leurs officiers.

Le terme est encore retrouvé dans les narrations indiennes de la victoire de Little Big Horn, en Juin 1876, remportée par la coalition sioux et cheyenne emmenée par Sitting Bull, sur le 7° régiment de cavalerie du Colonel Georges Custer. Lequel devait d’ailleurs y trouver la mort que quelques historiens ont qualifiée de peu héroïque.

——-René Rémond, merci de cet éclairage, mais vous nous emmenez là bien loin de Solesmes, de la Sarthe et du 23 Avril 2017.

Nous allons y venir, cher ami ! Par on ne sait quelle analogie, la Nuit des Longs Couteaux désigne aujourd’hui, l’accord des historiens à ce sujet est unanime, désigne cette véritable nuit médiévale de meurtres de masse du 30 Juin 1934, où Adolf Hitler, revolver au poing, cernait avec un bataillon SS une paisible pension-hôtel au bord du lac Bad Wiessee, en Bavière, où dormaient encore avinés après de longues beuveries ses camarades des premiers jours, les tristement célèbres SA, Sections d’Assaut, et leur chef Ernest Roehm.

Le terme de SA, Sturmabteilung, littéralement Section d’Assaut – Sturm, tempête ou assaut ; Abteilung, détachement ou section – désignait une formation paramilitaire du parti nazi.

Emprisonnés de longues heures dans la cave de l’hôtel, les prisonniers seront finalement exécutés un à un, Ernest Roehm, leur chef, abattu debout torse nu – il voulait par ce geste spectaculaire démontrer sa loyauté et son honneur – criant ces derniers mots : « Mein Führer, mein Führer ! »

L’événement de la Nuit des Longs Couteaux est relaté au cinéma par Luchino Visconti dans le film Les Damnés avec un impressionnant sens dramaturgique digne du tragique shakespearien.

L’historique Nuit des Longs Couteaux consommée, c’est enfin tout le mécanisme du Troisième Reich qui s’éclaire, la prise de pouvoir totale d’Adolf Hitler contraint de liquider lui-même, l’arme à la main comme un chef de bande, ses plus proches compagnons pour asseoir définitivement et sans partage son pouvoir absolu sur le parti nazi.

–—–Merci René Rémond de ce bref et dramatique rappel historique. Dites-nous, en quoi vaut-il parallèle avec la « tuerie » de l’abbaye de Solesmes du 23 Avril 2017 ?

Je ne vous resituerai pas le contexte de cette soirée, contexte que vous avez encore tous en mémoire : l’annonce quasi-sismique à 20 heures, sur les écrans télévisés, le 23 Avril, de l’élimination par ses trois concurrents principaux, dès le premier tour, de l’Homme de Sablé, baptisé depuis, le Colosse aux pieds d’argile.

Réfugié et cloîtré en compagnie de quelques acolytes, revêtus eux aussi du sombre et bien coupé costume de la défaite, il mettait la dernière main à sa déclaration de renoncement à la vie politique et de retour à la vie laïque à la tête de sa lucrative société de conseil. Il n’avait pas encore pris la parole que, l’abbaye cernée par les automitrailleuses sarkozystes, tous projecteurs allumés, il entendait tomber la sentence hurlée par une cinquantaine de mégaphones : « François Fillon, tu es cerné. Rends-toi ! Ta défaite n’est imputable qu’à toi-même. »

Ramené tard dans la nuit, ligoté sur la tourelle d’un véhicule semi-chenillé de type half-track, rue de Vaugirard à Paris, on sait maintenant qu’il ne dut la vie sauve qu’à la miséricordieuse Valérie Pécresse qui fit intelligemment comprendre au nouveau Führer que l’Homme de Sablé était déjà mort politiquement et que suffisamment de sang avait été répandu.

On l’a compris, le terme de « tuerie » pour qualifier cette Nuit des Longs Couteaux de Solesmes n’était pas littéral, mais imagé. Il n’en perd rien pour autant de sa force.

——-Merci René Rémond pour cette éclairante parabole. Éclairage pour éclairage, nous nous adressons au spécialiste de l’Histoire des Droites en France, en quoi nous éclaire-t-elle sur l’évolution de la Droite, ce grand groupe structurant de la vie politique française ?

Au lendemain de la Nuit des Longs Couteaux de Solesmes, plus rien ne fut comme avant. La grande tentative de synthèse libéralo-conservatrice à la Thatcher qu’avait tentée de porter et d’incarner François Fillon, cette tentative avait versé au fossé, et ceci avec plus que des froissements d’ailes.

La composante libérale de la Droite s’égayait dans la volière macroniste. Sa composante conservatrice-réactionnaire tombait alors sous la coupe de l’Homme non pas de Fer, mais de Bismuth (bismuth de l’allemand Wissmut, métal cassant et ne fondant qu’à plus de 270°). D’autres batailles s’annonçaient encore, celles de sa recomposition – mais sous quelle direction – avec la droite identitaire.

À la différence de la Nuit des Longs Couteaux de Bad Wiessee de Juin 1934, qui ouvrait le contrôle total du parti nazi à Adolf Hitler, celle, moins sanglante mais tout aussi meurtrière, de Solesmes du 23 Avril 2017, entamait la période du grand affrontement pour le contrôle de la Droite réactionnaire entre l’Homme de Bismuth et la Druidesse celtique qui campait sur sa marge droite.

Au delà des sourires de façade, on préparait déjà dans les arrière-cours pièges et chausse-trappes.

–—–Merci René Rémond. C’est non plus à l’historien, mais au politologue que maintenant nous nous adressons. Quelle explication donnerez-vous de cet effondrement final de l’Homme de Sablé, le colosse aux pieds d’argile, lui que les sondages des derniers jours donnaient au coude à coude avec Marine Le Pen ?

La chose a déjà été éprouvée à plusieurs reprises lors de consultations précédentes. Je lui donne un nom : la manipulation sondagière. Elle permet dans les derniers jours d’une campagne électorale de coaguler des intentions de vote incertaines, de décider les indécis, de mobiliser les abstentionnistes.

La presse est aux mains des milliardaires.

Qu’en est-il des instituts de sondage ? Et qui est le candidat secret des milliardaires, sinon le beau jeune homme de Bercy. La suggestion sondagière d’un second tour entièrement à droite aura eu les effets escomptés sur le cœur de cible de l’électorat de Benoît Hamon : la fraction la plus fragile et la plus timorée, rejoignant Emmanuel Macron ; l’autre, plus aguerrie, rejoignant les FFI (Forces Françaises Insoumises) de Jean-Luc Mélenchon. En un tour de main, il s’en faut parfois de peu, devancé sur le poteau, l’Homme de Sablé était au tapis.

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2 réflexions sur “La Nuit des Longs Couteaux

  1. Chez nous, « la Nuit des longs couteaux » est utilisée pour la période où les conseillers nationaux élisent les conseillers fédéraux. C’est souvent lorsque les conseillers font des alliances pour évincer un conseiller ou une conseillère fédérale en ballotage. C’est ce qui c’est passé lorsque les conseillers nationaux ont foutu dehors Christophe Blocher (fondateur de l’UDC dure de Zurich) pour la remplacer par une conseillère UDC plus consensuelle et plus compétente Evlyne Widmer-Schloumpf ; elle-même exclue du parti UDC lors de son élection au conseil fédéral, et qu’on perdra 4 ans plus tard au profit d’incompétents UDC…

    Mais l’UDC ayant alors la majorité, soit plus de 25% du gouvernement, elle avait droit à 2 sièges. Ce qui est rassurant, c’est que l’UDC semble aujourd’hui en perte de vitesse. Il faut ajouter qu’elle s’est alliée avec le parti Radical-Libéral… alors, l’un dans l’autre ! C’est à droite toute !

    Bises de Gene

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