Bien avant que les robots veuillent AUSSI cotiser.


Jo le Devin, saxophoniste en ce temps-là, et Fredo le gratteux sont assis sur les sièges situés derrière celui du chauffeur du bus. Côte à côte. Les veilleuses intérieures dispensent une atmosphère ouatée au rythme du moteur tournant au ralenti. Un parfum de femme bon marché flotte dans l’ air. Les feux de position du véhicule éclairent chichement le sol enneigé de cette aire de stationnement. Quelques rares flocons blancs tentent de s’ accrocher à la carrosserie bariolée aux couleurs de l’ orchestre de bal. A cent cinquante kilomètres de sa base de départ. Il faudra des heures pour rentrer après cette nuit de dimanche à lundi et ses cinq heures de valses, slows, paso doble, rock and roll et succès du show business parisien dont raffolent les autochtones de ce coin paumé du Cantal. Sans oublier les bourrées pour les pochetrons abreuvés au vin chaud et à la Salers.

Ils ont tous les deux la « boutonite ». Ces échos d’ airs d’ accordéon à boutons qui restent dans les neurones pendant des heures sans qu’ on puisse s’ en défaire. Perles de cristal, comparsita, et autres viva españa, Jo et Fredo se regardent en un bref coup d’ œil, en pensant qu’ ils seraient bien mieux à la maison à serrer leurs femmes dans leurs bras.

Mais il faut attendre, à quatre heures du matin de ce lundi d’ hiver après deux heures à ranger le matériel dans les soutes du Setra. Attendre que les autres aient fini de vider leurs burnes en squattant les six couchettes doubles où dorment habituellement les musicos pendant que le chauffeur les ramène à la base de départ.

La fille, une groupie un peu simplette, est l’ objet de toutes les « attentions » des collègues en rut. Ils y sont tous, le bassiste, le batteur, le trompettiste, les roads qui aident à charger / décharger le matos et même le chef d’ orchestre. C ‘est ce que plus tard, on appellera une « tournante ». Et l’ odeur de parfum bon marché dans l’ atmosphère étouffante des couchettes se teinte de celle musquée des sexes en érection. Comment dormir là-dedans plus tard ? Comment dormir quand il faut se taire? Surtout ne pas faire de réflexions désobligeantes. C ‘est la loi de la meute, du groupe pour ne pas perdre son job qui fait bouillir la marmite. Se taire afin que les compagnes des collègues ne soient pas au courant des coucheries de ces faux-culs qui passeront des heures à raconter leurs exploits, vrais ou faux. A parler bagnoles ou motos en d’ interminables comparaisons sur les qualités des unes ou des autres.

Se taire lorsque la pauvre fille sera jetée dans la neige loin de chez elle, ses chaussures confisquées, bombardée de pierre et de boules de neige aux cris de « salope, va laver ton cul malpropre ! »

Mais Jo et Fredo ne le savent pas encore. La honte ne fait que commencer.

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2 réflexions sur “Bien avant que les robots veuillent AUSSI cotiser.

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