LE DROIT DE S’EN ALLER, disait Baudelaire…


von max

Singe devant un squelette (Gabriel von Max 1900)

 1721: paraissait les Lettres persanes de Montesquieu, dont la dernière (Lettre 161) défendait la liberté que Roxane, esclave sexuelle d’un sultan, ne peut trouver que dans la mort volontaire. Montesquieu avait alors prudemment fait paraître ses Lettres sous l’anonymat. Il n’empêcha: l’année suivante, Les Lettres reparurent expurgées (entre autres) de la Lettre 161. La Perse n’avait pas suffi à détourner la censure (contrairement à ce qui est prétendu). L’éloge du suicide restait, dans l’éclat des Lumières, confiné à l’obscurité.

1856, Baudelaire reprit le flambeau: « Parmi l’énumération nombreuse des droits de l’homme que la sagesse du XIXe siècle recommence si souvent et si complaisamment, deux assez importants ont été oubliés, qui sont le droit de se contredire et le droit de s’en aller » (Préface aux Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe, in Oeuvres Complètes).

1982: paraissait Suicide, mode d’emploi, de Claude Guillon et Yves le Bonniec. Défense du droit à mourir. Il est aussitôt interdit. Le Bonniec est condamné par la Cour de Cassation pour incitation au suicide en 1988. Le livre reste mentionné dans les débats à l’Assemblée Nationale (1987) comme exemple de ce que la loi doit condamner: toujours en vigueur l’interdiction prohibe « la provocation au suicide »ainsi que « la propagande ou la publicité pour tout produit, objet ou méthode présenté(e) comme permettant de se donner la mort ».

Vendu à l’étranger, le livre est toujours difficile à trouver en France. Il est distribué (par Amazon) au prix d’environ 100€ port compris (!). N’est accessible à un tarif décent (entre 6 et 20€) que « le livre sur le livre » écrit par Guillon: Le droit à la mort: Suicide, mode d’emploi, ses lecteurs et ses juges. Contrairement à ce que la loi leur reprochait, Guillon et Le Bonniec n’ont jamais donné de recette miracle. Se pendre, se défenestrer, se noyer, se mettre une balle dans la tête, se ceinturer d’explosif, s’ouvrir les veines ou s’injecter une overdose n’était pas leur propos: leur souci était d’épargner les souffrances des morts librement choisies d’une part et les échecs de suicides vouant leurs auteurs à des séquelles graves et incurables (traumas neurologiques gravement handicapants ou états végétatifs) d’autre part. Leurs conseils touchaient donc exclusivement à des cocktails médicamenteux permettant une mort « douce » – à défaut d’une vie vivable.

Les dites substances (exclusivement sur ordonnance), ainsi que leurs avatars (qui ont pullulé, faisant la fortune des laboratoires et renvoyant à l’oubli les marques originelles) font évidemment l’objet d’une distribution extrêmement et chichement contrôlée. En général, le cocktail de plusieurs molécules étant nécessaire à l’acte, aucun médecin ne prescrira plusieurs substances pouvant aider ensemble à la fin de vie volontaire (que le patient pourrait thésauriser en vue de son suicide). Le ferait-il qu’aussitôt le pharmacien, la Sécu, la police, s’en émouvraient. Le patient ne peut plus, non plus, s’approvisionner chez plusieurs médecins à la fois afin de se procurer le cocktail nécessaire: chacun devant être désormais scotché à un seul généraliste, confrères et consoeurs en médecine se méfieront d’emblée de celui ou celle qui viendrait, à l’écart de « son médecin traitant », lui demander telle ou telle molécule.

Maillage prétendu sanitaire – en réalité policier: du coup, les candidats au suicide bidouillent leurs cocktails au vu des notices. Ou d’informations pêchées sur le Net. Meurent dans la souffrance ou se retrouvent en réa à l’état de plantes vertes en attente de prélèvements d’organes.

Imaginez le capitalisme face à des gens libres de s’en aller. Tout comme les Églises ont besoin d’interdire la mort volontaire et tout totalitarisme cette « désobéissance suprême », le capital a lui aussi besoin que la dernière porte de notre liberté nous soit interdite. L’interdiction de l’IVG (en Colombie des centaines de femmes se voient emprisonnées pour 10 ans au motif de « suspicion d’avortement » sur dénonciation médicale dès la moindre fausse-couche) doit produire son volume de chair taillable et corvéable à merci, chair à prison, à échafaud, à cancer et à canon. Mais le suicide, quelle horreur! Seules les baleines peuvent se jeter dans la mort en groupe sur les plages landaises pour nous alarmer – nous mammifères de la même race et dont elles savent, nos soeurs (et frères car baleine est aussi masculine), que le soin de tous dépend hélas de nous.

Je revendique le droit d’agir en baleine.

Le Parlement français vient enfin d’adopter (après de nombreuses modifications) la dernière mouture de la loi Leonetti autorisant « la sédation profonde et continue » des patients en phase terminale. Cette loi n’autorise toujours pas l’euthanasie ni le suicide assisté. Quiconque n’a pas la chance d’avoir un neveu trader branché avec un dealer d’héro n’a donc aucune chance de mourir dans la paix, sinon dans la joie, ainsi que le fait le héros des Invasions barbares…

Mais il faut savoir ce que sédation profonde et continue signifie dans la réalité: il ne s’agit pas « seulement » de plonger le patient dans un coma profond en augmentant peu à peu la dose létale du cocktail sédatif. Non: ainsi maintenu en vie végétative, le mourant est simplement privé de tout apport nutritif et hydratant. Autrement dit, on plonge le malade dans le coma pour le laisser mourir de faim et de soif. C’est ce qu’on appelle « mourir dans la dignité ». Que nombre de patients ayant subi un coma profond, de psychiatres et de psychanalystes attestent de l’activité psychique (donc émotionnelle) du sujet au cours d’un coma n’a visiblement pas ému la conscience profondément humaine de ces Ponce Pilate aux mains soigneusement désinfectées…

Quant à la liberté du sujet, faut-il encore qu’il ait eu la force, et les capacités, de réitérer à plusieurs reprises sa demande de finir en paix, que sa famille y souscrive (!) et surtout que médecine et justice en conviennent. Autrement dit le demandeur de mort est d’emblée considéré comme un mineur au regard de la loi.

Hamon et Mélenchon promettent d’inscrire le droit au suicide assisté dans la Constitution. C’est bien. Faut-il encore que l’acte soit autre que cette « sédation profonde et continue » qui ne tue personne mais fait mourir à petit feu d’inanition et de déshydratation dans le plus complet silence, laissant les soignants continuellement stressés et sous payés encaisser seuls la magnifique portée humanitaire de cette grande avancée morale.

Je ne ferai pas de jeu de mot sur Hippocrate et hypocrite – un tel humour serait obscène.

Mais il est vrai aussi que dans une société obsédée par le rentable, le « sanitaire responsable » (si tu as fumé tu paieras les frais de ton cancer, la SEITA et le stress n’y étant pour rien) et l’élimination de ce que les gestionnaires appellent « les gens de trop » (dans l’entreprise comme dans tout ce qui « coûte » aux marchés souverains), l’euthanasie ne peut être promulguée sans ouvrir à hauts risques. Il est bon ici de rappeler l’histoire:

Le premier septembre 1939 « l’Euthanasie » (Action T4) fut lancée par ordre écrit signé de la main de Hitler. Le moteur de cette Action T4 était, sous le prétexte idéologique de préserver la pureté de la race, clairement économique : « dans la guerre qui se profilait, il fallait se débarrasser du fardeau des bouches inutiles et vies indignes d’être vécues (…), libérer des lits et des soignants pour les blessés de la guerre à venir. Soulagés du poids des malades inguérissables, des enfants mal bâtis et des psychiatriques chroniques, les médecins auraient du temps pour mieux soigner les malades intéressants, jeunes et capables de rentrer à nouveau dans le circuit économique grâce à des soins mieux éclairés. La Science avancerait alors d’un bon pas, allégée de fardeaux inutiles. (…) Mais qui désignerait les malades à exécuter, qui les assassinerait ? Le bon vouloir des médecins et des infirmiers résolut la question: « ils s’y mirent de bon cœur et avec une belle efficacité et surtout avec le sentiment qu’ils faisaient bien, qu’ils faisaient ce qu’il fallait faire. Alors, « l’Euthanasie », ça se faisait partout : dans les services hospitaliers où on apprenait aux internes la technique de l’injection du luminal ; dans des centres d’abattage (…) avec les gaz d’échappement des camions bâchés. En psychiatrie, par inanition : à mesure qu’on diminuait la ration calorique, on augmentait les sédatifs ». Une administration centralisée gérait cela, » y compris pour prévenir l’animosité des familles par des transports noirs, des avis de décès réglementaires et des urnes de cendre. On estime le nombre d’allemands ainsi supprimés à 200 000″. Le système offrait une complicité tacite aux familles : « on leur proposait un nouveau traitement qui pourrait peut-être améliorer l’état de leur enfant handicapé, mais ce traitement comportait un risque de 95/100 de mortalité (…): en l’absence d’un refus énergique, l’enfant était tué ». (source: Joseph Gazengel, neurologue, in Œdipe.org le 12-8-2015).

Sur de tels points de « santé publique », le stalinisme ne fut pas non plus en reste…

L’euthanasie, le suicide assisté ne peuvent être pratiqués que dans une société libérée de l’esclavage au profit et garante de l’absolue liberté de chacun de disposer de sa vie.

Ni Hamon ni Mélenchon n’oublient cette condition dans leur promesse. C’est bien. Encore faut-il qu’ils réalisent d’abord l’impératif préalable à l’inscription constitutionnelle: abolir le pouvoir de l’argent sur nos vies. Sinon on s’en occupera nous-mêmes, merci.

 

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12 réflexions sur “LE DROIT DE S’EN ALLER, disait Baudelaire…

  1. Je suis membre d’EXIT, en Suisse, pays qui accepte les étrangers qui veulent mourir dans la dignité, mais dans un autre centre géré par DIGNITAS et qui n’est pas trop regardant sur les intentions des personnes en détresse qui veulent en finir en toute dignité.

    EXIT arrive sur appel, après avoir – auparavant et avec toutes ses facultés mentales – répondu à un questionnaire bien spécifique et trouvé unE parrainNE et un médecin traîtant qui auraient co-signé au bas dudit formulaire.

    L’ASSM (Académie suisse des Sciences médicales) et la FMH (Fédération des médecins helvètes) ont mis en ligne, assez récemment, un questionnaire en PDF que l’on peut télécharger et remplir contenant les « Directives anticipées », co-signée par un médecin de référence et un représentant thérapeutique, qui permet à l’équipe médicale de ne pas faire de l’acharnement thérapeutique si un accident quelconque allait péjorer la santé de façon dramatique. Un pas spectaculaire qui est fait dans les hôpitaux et qui permet dorénavant à quiconque de mourir dignement.

    Bises de Gene

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  2. Merci Gene. Et au vu des infos, ces institutions suisses ne recourent pas à la sédation « profonde et continue » avec inanition et déshydratation (voir http://www.exit-geneve.ch/ et http://www.dignitas.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=23&Itemid=84&lang=fr .
    Pour les demandeurs non suisses concernés par ce dernier organisme le prix de l’aide paraît toutefois hors de portée des malades modestes (qui préfèreront souffrir plutôt que de diminuer le peu qu’ils laissent à leurs enfants).

    Ce qui m’étonne est la latinisation des titres identitaires de ces institutions (Exit, Dignitas) alors que la Suisse a refusé de rejoindre L’UE. Car c’est là une tentation linguistique européenne autoritaire (voir « Erasmus » et la devise même de l’Europe, « in varietate concordia ») datant de l’époque où la pression religieuse voulait imposer à l’UE des référents explicitement chrétiens et le latin comme langue commune vernaculaire (!!), ce qui fut rejeté (l’UE déclare 24 langues officielles) mais cherche à s’imposer par le fait accompli en coutume… ainsi ces caisses de retraites complémentaires privées, cotées en Bourse genre « Humanis » implacables dans leur façon d’escroquer les pensionnés modestes dépendant de leurs modalités de calcul, arbitraires et plus que suspectes…

    Le Grec (ancien, of course, lol) serait tellement mieux et porteur de sens pour une Europe démocratique…

    Bises
    Aniouta

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  3. N’oublie pas, Aniouta, que nous sommes un mini pays avec 4 langues nationales dont la racine commune est comprise est latine. Et on est déjà dans un sacré merdier puisque nous communiquons entre nous majoritairement en anglais. Rajoutes-y le grec et on serait dans une de ces panades… de quoi se tirer une balle à bout portant !

    Bises de Gene

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    1. et puis l’ influence du Vatican et son latin…..d’ ailleurs les fameux hallebardiers suisses sont-ils obligés d’ apprendre le latin, les ordres sont-ils transmis en latin? genre « vade retro hallebardierus »

      Naaaaaaan! j’ déconne
      😉

      Abraço do Sam

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  4. oups, c’est seulement à propos de l’Europe que je parlais du grec ancien, parce qu’il a aussi l’avantage de se rapprocher de l’alphabet cyrillique (Europe de l’Est) car beaucoup de langues parlées en Europe (24 officielles) n’ont pas de racines latines (slaves et anglo-saxonnes notamment, dont l’allemand) alors qu’apparaissent dans toutes les langues des radicaux grecs anciens… De même les déclinaisons, voir l’allemand et les langues slaves, sont héritées du grec ancien (le latin n’a fait qu’y emprunter): que Gutemberg ait imprimé la première bible en latin ne donne pas des racines latines à la langue allemande…
    Mais ce qui est surtout insupportable à travers ce recours « innocent » au latin (de la messe) c’est le sempiternel prosélytisme larvé de l’église catholique dans les institutions européennes (voir la bataille qu’il a fallu mener contre l’inscription des « racines chrétiennes » de l’Europe dans la constitution de l’UE).
    Et vu la prolifération de noms et titres latins d’organismes et sociétés privées, le combat est loin d’être gagné…
    bises!

    Aimé par 1 personne

    1. Vu comme ça ! Et laissons quand même quelque chose aux Grecs-ques, car à part les réfugiéEs et des dettes colossales, on peut envier leur passé d’une grande civilisation. (Bien que ça se discute au plus haut niveau, car il semblerait que les Grecs aient plagié une grande civilisation précédente, tout comme les Latins ont plagié les Grecs. Mais ça, c’est encore une autre histoire !)

      Bises
      Gene

      PS : d’ailleurs, on retrouve la même problématique actuelle en Italie, où les gamins quittent le nid familial à 40 piges faute d’indépendance financière !!!

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        1. la mer « Egée » comme zone de production en arraisonnant les navires marchands, aprés tout pourquoi pas, ça vaut bien les zimpôts, les gabelles , sauf que c était pas non-violent et puis les esclaves, les métèques, bref c ‘ étaient pas des enfants de choeur si je puis me permettre cet anachronisme.
          En plus Hermès, le « dieu » du commerce et de la communication était aussi celui des voleurs et quand j’ en parle à mon banquier, ça s  »est produit récemment, ça l’ a fâché tout rouge. Et pourquoi ça?
          Pourquoi le commerce serait pas du vol? Surtout de nos jours.

          Abraço do Sam

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  5. ouaip, du sel sur la qu…plaie… lol
    mais voilà, hein, puisque rien n’est parfait, eh bien laissons le latin d’église faire ses petits en Europe!
    mon propos portait seulement là-dessus, pas sur les mérites comparés des civilisations anciennes,
    parce que si on va par là, sans la civilisation arabe (qui elle aussi n’était pas jolie et aussi vilaine que les autres ok quoiqu’à l’époque des bûchers faut voir) jamais l’Europe médiévale n’aurait connu les livres grecs – dont Epicure et Héraclite c’est-à-dire les matérialistes présocratiques qui, que je sache, n’ont pompé personne (sauf peut-être les matérialistes de l’Inde antique, à moins que ce ne soit l’inverse, ou qu’ils n’aient même pensé ensemble vu que ça bougeait pas mal dans le coin avant Jacques Chirac dit JC).

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    1. mais ça n’ empêche pas que le latin est aussi l’ expression de l’ oppression et de l’ empire romain et des cathos qui l’ ont adopté.
      Tiens vois le pape Françouais tel un taureau blanc prêt à envoyer ses foudres, nom de Zeus, qui s’ octroie le premier rôle lors de la commémoration des 60 ans de cette Europe qui ne demande qu’ à être séduite…..c ‘est pas de la mythologie grecque, ça. LOOOOOOOOOOLLLLLL!!!!!
      Pourtant on en a chié des pendules pour empêcher l’ inscription des « racines chrétines » dans la constitution U-rope-éenne. Rope comme « corde » en anglais.
      Mais l’ autre clé qui s’ astique est là pour tenter d’ unifier le binz et la presse tombe dans le panneau à pied joint, pas une voix pour gueuler contre la récup’
      Dame!! faut bien faire oublier les zévèks qui puent du bec en couvrant les prêtres pédophiles….et les gauchistes argentins précipités sans parachutes dans le Rio de la Plata par les hélicoptères de la Junte et pour lesquels le zévèk qui allait devenir le pape Françouais n’ a pas levé le petit doigt , les grand-mères de la place de Mayo, s’ en souviennent encore en tournant en rond……mais des gauchistes, des communistes en moins, c ‘est toujours bon à prendre, n’ est-ce pas?
      Salaud va!!!! c ‘est bien un jésuite.
      Là c ‘est plus de la tragédie grecque, c ‘est de la saloperie comptant pour rien.
      Un tribunal devrait lui donner LE DROIT DE S’ EN ALLER avec euthanasie libre et gratuite. Y’ aurait du monde à la fête…..du père Françouais.
      LOOOOOOOOOOOLLLLLL!!!!

      Abraço do Sam

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      1. Merci Sam de revenir, par cette douce transition, au sujet de départ… ou du Grand Départ.

        J’ai toujours trouvé très injuste qu’on ait pas le droit de disposer de sa vie comme on le veut et qu’un départ sans sang est toujours préférable à de la bouillie sur les rails. On peut donner dans le plus gore, voire dans les suicides ratés. Bigre !

        Bises de Gene

        J'aime

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