Salariat et Prostitution, c ‘est la même chose.


J’ ai déjà écrit moult fois sur le sujet mais il y a des analyses qui ont du mal à perdurer, qui s’ effacent comme ces encres sympathiques qui ont besoin de jus de citron pour révéler leurs caractères. Ainsi voici in extenso le texte de Patrick Mignard issu du site  « L’ en dehors ». Démonstration implacable par un économiste qui sait de quoi il parle.

« Nous sommes tous des prostitué(es) »

 « Provocation gratuite (si j’ose dire) s’exclameront des plus vertueux ou les plus myopes. Pourtant à y regarder de plus prêt il y a quelque chose de troublant de vérité dans cette affirmation que bien peu sont prêts à déclarer publiquement. Voyons ça sérieusement. Parmi les multiples mesures répressives qui sont actuellement en train d’être mises en place par le Gouvernement C.R.S. (Chirac-Raffarin-Sarkosy) la lutte contre la prostitution, et pas simplement le proxénétisme, tient une place de choix. Ceci s’explique probablement par l’impact idéologique et politique d’une telle mesure, la prostitution ça fait sale et désordre, ce qui convient parfaitement à la philosophie puritaine qui fait son grand retour comme chacun sait, la Gauche c’était la débauche (sic).

Analysons le fait « prostitution ».

A un niveau d’analyse tout à fait superficiel, la prostitution est considérée comme une simple activité économique et la preuve la plus officielle qui soit c’est que l’Etat en tire profit puisque les prostitués(es) sont imposé(e)s sur leurs revenus. La chose peut paraître étrange puisque la législation condamnant le proxénétisme qui est l’acte de vivre de la part d’un tiers de la prostitution d’un(e) autre, l’Etat se livre exactement à la même activité mais lui le fait officiellement et ses prélèvements vont dans son budget.impots prostitution

Cette activité économique est productrice d’un service marchand. Il y a une demande face à laquelle se constitue une offre. Un prix se fixe lors de la confrontation de cette offre et de cette demande le prix n’est ni administré, ni réglementé, il se fixe librement en une pure démarche libérale ce qui devrait satisfaire nos actuels dirigeants.

Mais diront les cuirs sensibles, c’est un service un peu particulier puisque ce qui est l’objet de cette activité c’est le corps (façon élégante de dire que cest le cul). C’est exact. Dés lors, on croit quitter le simple aspect économique, qui à priori ne nous apprend pas grand chose, sinon des choses pas très propres de la part de l’Etat, pour entrer dans ce qui paraît essentiel, le moral.

Et c’est là que l’on commet la première erreur.

En effet, le moteur de la prostitution n’est pas l’immoralité ou l’amoralité, ou la perversité mais la nécessité, le besoin, l’impératif de survie de la part de celui, de celle qui se prostitue. Autrement dit le discours sur la morale cache, et ce n’est pas un hasard, l’essentiel du problème, de la vraie question : la situation économique et sociale, des femmes, parfois des hommes, voire des enfants qui se livrent à la prostitution. Le discours moral devient alors superficiel et même hypocrite il cache la réalité qui est à l’origine même de la prostitution. D’ailleurs, les associations qui oeuvrent en faveur des prostitué(es) n’interviennent jamais sur l’aspect moral mais au contraire sur la situation économique de ceux/celles-ci. Elles essayent de faire sortir les prostituées de leur situation en les insérant économiquement et socialement, c’est à dire en trouvant un substitut à la prostitution en terme de revenu.

Mais il y a plus grave encore. La prostitution nous apparaît, dans son principe comme le summum de la déchéance : être obligé de se vendre pour vivre.

Et c’est là que l’on commet la deuxième erreur.

En effet, sur le principe, quelle différence y a-t-il à vendre son cul ou son cerveau ? son cul ou ses bras ? Quelle différence, toujours sur le principe, y a-t-il à vendre son corps pour le plaisir d’un autre ou pour le profit d’un autre ? Quelle différence de considération (en tant quêtre humain) y a-t-il pour celui/celle qui est ainsi instrumentalisé(e) ? Force est de constater qu’il n’y en a aucune. La différence porte sur l’objet de ce qui s’échange et non sur le principe qui est rigoureusement le même : on utilise l’autre, ce dont on a besoin de lui, non pas en le considérant comme un être humain respectueux de ce qu’il est, mais en considérant simplement ce qui peut être utile à celui qui l’achète : dans un cas c’est le cul, dans l’autre le cerveau ou les bras. « Jai besoin de lui, je le prend je n’en est plus besoin, je le vire » dit légitimement et en toute amoralité celui qui paye. Or il n’y a pas que la prostitution qui fonctionne comme cela, c’est tout le salariat, fondement même de notre société marchande qui fonctionne de cette manière et donc, d’une certaine manière nous sommes donc tous(tes) des prostitués(es). [ ndlr : Dans son ouvrage « Abécédaire de l’ambiguïté », Albert Jacquard développe cette idée à la lettre P]esclavage moderne

Mais va-t-on me répliquer vous assimilez prostitution et salariat. Je ne les assimile pas, je constate simplement qu’ils sont basés l’un et l’autre sur le même principe : l’instrumentalisation de l’être humain à des fins qui lui sont étrangères (le plaisir de l’un, le profit de l’autre) et que, si l’on fait exception de l’aspect dit moral, il s’agit d’une même pratique sociale.

Mais rétorquera-t-on, on ne peut pas faire abstraction de l’aspect moral. Observation très mal venue concernant un système, le salariat qui est parfaitement amoral, ne serait ce que parce que c’est le calcul économique (rentabilité, baisse des coûts), et lui seul, qui dicte la manière dont les individus vont pouvoir vivre : gagner leur vie par l’emploi et pouvoir consommer grâce à leur revenu. Ceci est tellement vrai que dans certaines sociétés (Allemagne, Pays Bas) qui ne sont portant pas considérées comme des sociétés dépravées, la création d’Eros Center, véritables entreprises de services, ont donné à la prostitution son véritable aspect, celui d’une production marchande avec un personnel rémunéré, reconnu socialement et bénéficiant de toutes les garanties propres au salariat (couverture sociale, retraites).

Conclusion de tout cela. La prostitution est un pur produit d’une société inégalitaire basée sur l’instrumentalisation des êtres humains ce qui explique que dans ce type de société, son éradication est tout simplement impossible. Remettre en question le principe de la prostitution aujourd’hui c’est remettre en question le principe même du salariat ce que ne fera jamais un Etat qui a justement pour mission de garantir sa pérennité.

Le gouvernement C.R.S, dans cette affaire, comme dans tant d’autres nous le verrons, montre sa véritable face de faux cul (si je puis mexprimer ainsi concernant ce sujet). La répression qui va frapper les prostitués(es) n’aura qu’une seule conséquence : la clandestinité de cette activité.

« Cachez ce sein que je ne saurais voir » TARTUFFE (Molière)

Patrick MIGNARD, Professeur d’économie à l’IUT de Toulouse.

février 2003.

http://endehors.net/news/nous-sommes-tous-des-prostitue-es

Et pour terminer: une petite chanson composée par Mézigue:

NI EXPLOITEURS NI EXPLOITéS

french cancan

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4 réflexions sur “Salariat et Prostitution, c ‘est la même chose.

  1. Au début de l’ère industrielle, les paysans chassés de leur lopin de terre pour faire fonctionner les manufactures de laine – en Angleterre – étaient mis en taule si ils étaient surpris à ne rien faire ! L’histoire est bien cruelle et celles et ceux qui s’en sont encore relativement bien sortiEs – financièrement parlant – sont encore celles et ceux qui ont profité des 30 glorieuses…. et encore !

    Puis, à force de gâter les gamins parce que nous n’avions pas encore grand chose, sont ceusses qui votent à droite car ilLEs ne veulent plus cotiser pour les « parasites », ENTENDONS PAR PARASITES, CELLES ET CEUX QUI FONT MARCHER TOUTE UNE ÉCONOMIE. Que cela soit dit et redit !

    Et il me semble avoir entendu que le programme de Marine La Pine voudrait abolir la sécurité sociale française ? Je ne suis pas sûre, parce que j’ai un peu de peine avec le filet social sans frais

    Bises de Gene

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    1. Non la Lapine veut « simplement » empêcher les immigrés d’ être soignés gratosse, ce qui est la meilleure façon de déclencher des pandémies comme tous les toubibs l’ ont compris depuis longtemps. Mais faut pas demander à une avocaillonne qui a eu son diplôme dans une pochette surprise de se conduire autrement qu’ en NAZIE. Préférence Nationale dans le Social, c ‘est la définition même du mot.

      Abraço do Sam

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