Feuilleton: Le jour où les robots voulurent AUSSI cotiser (3)


C ‘est elle qui avait trouvé le système pour ramener les mérounettes vers les RDCE. Pas besoin de bateau, de moteur et d’ épuisette. Nul besoin d’ énergie, le filin était monté sur moulinet et un ressort ramenait automatiquement la prise. Comme disait Véro, « laissez les prolos s’ auto-organiser et vous allez être surpris du résultat ». Aprés tout, ils connaissent le job mieux que quiconque et tout comme à Marinaleda en Andalousie pour l’ huile d’ olive, « ils n’ ont pas besoin qu’ un con vienne leur dire comment le faire ».

Elle tapota gentiment ce qui pouvait passer pour une épaule humaine chez le robot et lui envoya sans attendre de réponse : « alors toi aussi, tu veux cotiser?». La non-réponse de l’ engin lui fit penser à ses relations avec Jo le Devin et Alberto et fugitivement elle se demanda si elle arriverait à les mettre dans son lit tous les deux ensemble.Elle était di-andre et pouvait aimer deux amants simultanément, mais avait beaucoup de mal à trouver des partenaires qui ne soient pas jaloux ou exclusifs. Elle arma son carreau de nouveau, un mérounette venait de faire surface….. Alberto venait prendre prétexte de sa nouvelle prise pour faire la conversation et elle ne fut pas surprise de l’ entendre se réjouir du tour de cochon que les robots venaient de jouer aux exploiteurs et autres proxénètes :

– « Bon ! Ces deux-là, on se les garde perso puisque le bot n ‘en veut pas. Grillés au barbeuk, ce sera une vraie régalade avec une boutanche de vinho verde du pays pour accompagner. »

Véro opina, vu le prix de vente du mérounette, ce n’ était pas tous les jours qu’ elle pouvait en manger.

*

Le parc central est noir de monde. Jo le Devin a du mal à se frayer un chemin jusqu’ à la scène qui crache ses kilowatts de musique new-age censée calmer les esprits. Comment est-il arrivé là ? il ne pourrait le dire. L’ envie de prendre l’ air, sans doute, et ce « magic feeling, nowhere to go » (sentiment magique, nulle part où aller) que chantaient les Beatles. La foule est calme et les discussions vont bon train. Ce que des siècles de « politique » n’ ont pas réussi à accoucher, les robots viennent de le faire en un clin d’ œil, en une étincelle courant à la vitesse de la lumière dans les fibres optiques de la bêtise humaine.

En reprenant l’ idée des « Nuits debouts » auxquelles beaucoup ont participé, les débats s’ auto-organisent et la diarrhée sonore des troupeaux de violons s’ arrête enfin de masquer le chant des volatiles qui s’ égayent dans les branches des ormes centenaires. Un immense Ouf ! éclate comme une bulle de libération. Même si l’ I.A. Centrale n’ a pas coupé le courant, ce n ‘est pas une raison pour diffuser un fond sonore qui ne masque que trop mal les véritables problématiques à résoudre. Ce divertissement qui fonde la « société du spectacle » mise au jour par Debord est devenu ringard et anachronique. Le règne des télés, chaînes hi-fi et auto-radio touche à sa fin et les Humains délivrés de ces chaînes immatérielles commencent à se reconnaître, à renaître ensemble par la parole et l’ écoute de l’ Autre. Comme si le message d’ Andrée Chedid dans son livre éponyme avait enfin été entendu.

Exceptés les ridicules mouvements de marionnettistes inspirés du langage des signes pour indiquer la demande de parole ou l’ approbation d’ un propos, les débats se déroulent plutôt bien et dans la bonne humeur. Jo passe d’ un lieu de débat à un autre en relevant les expressions libertaires d’ « autogestion », d’ « estime de soi » et de « chasse au gaspi » et arrive au pied de la fontaine sculptée où une « conversation socratique » tente de faire toute la vérité sur la dichotomie « libérale / libertaire », en renvoyant aux orties les idées libérales qui tentaient de se faire une virginité en se maquillant d’ un peu de « liberté ». La jeune oratrice ne mâche pas ses mots : les « Lili » comme elle les a surnommés ne sont rien d’ autre que des exploiteurs comme les autres, comme tous les Autoritaires, les fachos, les nazis, les bolcheviques et les trotskistes. La Vérité est ailleurs et plurielle : autant de groupes, autant de façons de s’ organiser selon les ressources, les savoirs, les pratiques, les climats et cela déjà théorisé au XVIII ème Siècle par Charles Fourier qu’ on a relégué dans des impasses ou des rues perdues alors que le boucher Adolphe Thiers se pavane sur des places, des boulevard, des avenues. Il y a des traces qui ne trompent pas, les coquins, bouffons et laquais de « drouate comme de gôche » ont pignon sur rue et s’ entendent comme larrons en foire pour nous tondre la laine sur le dos.

Jo Le Devin rigole doucement à la métaphore moutonnière qui pourrait aussi s’ appliquer aux « croooooooyants » mâles et femelles avec leurs bergers de toutes obédiences, tous historiquement éclaboussés de sang humain, tous aliénés et ignorants du concept d’ archétype qui fait apparaître aux quatre coins du monde les mêmes « dieux » aux mêmes caractéristiques mais aux noms différents. Leur seul « pouvoir divin » est celui du nombre de « fidèles » et de leurs oboles permettant la survie des mauvais acteurs chargés de perpétuer un rituel ou un autre.

« Y’ a pas à tortiller du cul pour chier droit ! Tant que vous aurez envie de glisser vos cartes de crédit, vos pièces de monnaie, vos queues et même vos « strap-on » en ce qui vous concerne, mesdames, dans des fentes, on sera dans la merde » conclut la jeune oratrice en soulevant des « oh » de surprise horrifiée………sauf…….sauf…… et elle jouit de les tenir ainsi par la laine de leurs toisons…….si tout est GRATUIT.

Badaboum !!! un coup de tonnerre vient ponctuer la harangue et de grosses gouttes s’ écrasent déjà sur le gazon fraîchement tondu comme des nèfles trop blettes victimes de l’ attraction universelle. Mais personne ne bouge, l’ heure n’ est pas aux auspices, foies de volatiles et jet de cauris, les temps changent et si Bob Dylan voyait ça, il regretterait d’ être mort depuis si longtemps. Il aura fallu que les robots deviennent suffisamment intelligents, intelligence de réseau pour que l’ évidence se fasse jour……..les robots AUSSI veulent cotiser.

Soudain, on entend un synthétiseur égrener le début aigrelet d’ un air de rock célèbre. Un groupe a remis la sono en route et tout le monde entend une voix crier « We won’t get fooled again » les paroles chantées par Roger Daltrey sur les riffs de Pete Townshend , John Entwistle et Keith Moon……Non ! On ne se laissera pas avoir encore……jusqu’ au CRI semblable à celui de Daltrey repris par tous les présents et sa conclusion détournée : « Meet the new boss / There is no more boss (« Je vous présente le nouveau patron / Il n’ y a plus de patron»). Et la foule reprend le nouveau slogan que n’ aurait jamais imaginé Pete Townshend : « There is no more boss »

*

Qu’ aurait bien pu faire Corwin ?  se demandait Hulot en se remémorant la saga des Princes d’ Ambre de Roger Zelazny.  Aurait-il tenté de reprogrammer la Marelle d’ Ambre et le Logrus des Cours du Chaos ?  Visualisé un Atout pour se téléporter ailleurs ? Fait appel à un de ses parents pour l’ aider ? Changé d’ Histoire en passant d’ Ombres en Ombres, de faisceaux d’ Univers multiples à des réseaux d’ Univers parallèles ?

Si Zelazny s’ est inspiré des théories et thèses d’ Everett et Feynman, c ‘est qu’ il devait adhérer à l’ idée d’ Univers se côtoyant avec d’ infimes différences. L’ idée saugrenue de changer l’ Histoire en occupant un autre Univers était séduisante mais impossible scientifiquement parlant. Et pourtant, tout comme les robots voulant cotiser, les événements prouvaient que l’ absurde avait encore son mot à dire , tout comme l’ improbable nuit d’ amour qu’ il avait passé avec l’ étudiante aux bas verts. Cassandre aux yeux verts qui avait adopté cette couleur comme si c ‘ était le destin de toutes les rousses de se verdir pour équilibrer par une couleur froide le trop plein de feu supposé couler dans leurs veines.

Que Marley m’ enfume ! Pensa-t-il. Cassandre dealait de l’ herbe et pas n’ importe laquelle : du Zamal et le prélude à leurs ébats avait été un long décollage pour atteindre des hauteurs non décrites dans les manuels d’ astrophysique. A partir du point de Lagrange stable de leur désir, leurs corps unis avaient parcouru des milliers d’ années lumière virtuelles, comme si ils entraient dans des régions inconnues de l’ Espace-Temps, avec ses courbes et ses descentes vertigineuses telles les chutes d’ Iguaçu ou du Niagara.

C’ était Cassandre qui avait évoqué Zelazny, Everett et Feynman pour illustrer leur expérience sensorielle mutuelle. Et Phaéton Hulot, expert prés de l’ ONU en Droit International avait immédiatement acheté l’ intégrale de la Saga des Princes d’ Ambre, y compris les deux trilogies voulues par les héritiers pour y découvrir comment, finalement, toute la descendance de Dworkin était le fruit de l’ union d’ un Humain et d’ une Licorne. Zoophilie mais avec un être aux pouvoirs merveilleux. Et aprés tout, ça valait bien la fable d Adam et Eve avec son serpent, sa pomme et son inceste entre mère et fils qui avait soi-disant donné naissance à la race humaine…..Oui ! Il serait bien pratique de pouvoir changer d’ Univers, de parcourir la Marelle ou le Logrus, de visualiser un Atout pour fuir ce monde que les robots étaient en train de remodeler pour satisfaire à la première Loi de la Robotique.

La lumière verte s’ alluma sur son pupitre, l’ ambassadeur étatsunien demandait son avis au sujet du manque à gagner que les Multinationales n’ allaient pas manquer d’ évoquer pour ester un Tribunal. Privé, bien entendu, dont les juges étaient formatés depuis toujours par la Loi du Marché et la Liberté d’ Entreprendre. Et qui verraient d’ un mauvais œil cet accroc au contrat social capitaliste, qui n’ avait jamais été autre chose que la légalisation du Vol et de la Rapine. L’ exemple d’ Edison cherchant à nuire par tous les moyens à Tesla et son courant alternatif fit sourire Phaéton. Et Morgan payant des « indiens », en fait les primo-habitants du continent « Amérique » pour détruire la nuit les oléoducs pétrolifères qui allaient concurrencer ses lignes de chemin de fer. L’ Histoire regorgeait de faits et gestes démontrant à l’ envie que le Commerce c ‘est du Vol comme l’ écrivaient quasi quotidiennement les rédacteurs et rédactrices des AZA, un blog de Libres PenseurEs qui avaient laissé des traces étudiées bien longtemps aprés leurs disparitions par des étudiants chercheurs trop heureux de découvrir des possibles échappant à la fois au Libéralisme et au Marxisme, les deux faces de la même pièce de monnaie.

Phaéton Hulot se prépare à faire un résumé de l’ accouchement du Droit International dans sa forme actuelle par les économistes de l’ Ecole de Chicago et son gourou Milton Friedman lorsque retentit le signal de transmission d’ un message de l’ I.A. Centrale.

(A suivre Mardi prochain)


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