Feuilleton: Le jour où les robots voulurent AUSSI cotiser (2)


Véro se pencha vers l’ ordinateur tout en maintenant sa veste de pyjama fermée et prit connaissance du texte de l’ I.A. Centrale. Elle finit par s’ asseoir en se frottant les yeux.

  • « Mais comment ont-ils pu faire ça ? » dit-elle en se tournant vers Jo qui était resté en arrière du fauteuil directorial.
  • « Aucune idée. Mais c ‘est possible qu’ ils travaillent sur la problématique depuis des années. L’ I.A. Centrale parle d’ expertise,etc…. »
  • « T’ as vu Frank le Pourri, aujourd’hui ? »
  • « Non et toi ? »
  • « Non plus ».
  • « Tu penses à la même chose que moi ?»
  • « euh ! »
  • « Non mais, arrêtes un peu tes conneries libidineuses, je te demandais si tu ne pensais pas qu’ il faudrait aller rendre une petite visite à Frank, juste pour essayer d’ en savoir plus. »
  • « Y’ a pas le feu au marigot, non plus. Si les communications sont coupées, ça m’ étonnerait que les flics soient épargnés. Les robots ont depuis longtemps constaté leur pouvoir de nuisance et tout bon citoyen ne peut lui-même que constater…. »
  • « Epargne-moi ton discours de vieux combattant libertaire, je connais la chanson, le refrain et les couplets et si tu continue, tu vas même m’ envoyer le Père Duchesne comme cerise sur le gâteau…
  • « Si tu veux être heureux, nom de dieu, pends ton propriétaire…. »
  • « J’ en étais sûre…..
  • « Tu préfères parlez moi d’ amour ?»
  • «  Au moins on n ‘est pas dans le gore. »
  • «  C ‘est certain, on est plutôt dans le en-gore…..en-gore….
  • « Jo le devin, tu es l’ individu le plus détestable que je connaisse, mais j’ avoue qu’ il n’ y a pas vraiment d’ urgence à aller tutoyer Frank le Pourri…….et puis j’ ai toujours mon arbalète pour me défendre de tes assauts de mâle en rut. »
  • « Comment sais-tu que le mâle est en rut ? »
  • « Pourquoi ? Il ne l’ est pas en-gore ? Il va me falloir vérifier tout ça…..

*

Frank le Pourri ne voyait plus la fin de sa permanence de nuit prolongée par réquisition du commissaire dès la réception du message des robots. Il voulait rentrer chez lui, prendre une douche, un petit déjeuner anglais complet et squatter son divan pour réfléchir à l’ ultimatum de l’ I.A. Centrale. Mais impossible de se carapater, impossible de réfléchir dans l’ agitation de la maison poulaga. Chacun y allait de son hypothèse, de son argument, de ses solutions avec ces fulgurances apocalyptiques propres aux flics de toute la planète. La solution nucléaire n’ étant pas la dernière à être évoquée.

  • « Aprés tout, ce ne sont que des machines » disaient les uns.
  • « Oui, mais elles ont tout bloqué », disaient les autres.
  • « Une bombe H sur cette I.A. Centrale et on n’ en parle plus » disait un va-t-en-guerre.
  • « Sauf que l’ I.A. Centrale n’ a de Centrale que de nom. Elle a été dispatchée aux quatre coins du globe pour les mêmes raisons qu’ Internet l’ a été. Il est impossible de la détruire entièrement et la redondance est triple comme tout bon ingénieur le fait s’ il veut satisfaire au principe de précaution. »

Frank le Pourri trouvait que l’ histoire était en train de tourner en rond et cherchait désesperement une excuse, une échappatoire, pour filer à l’ anglaise vers son petit déjeuner avant que le commissaire ne lui refile la patate chaude. Lorsque le téléphone sonna déchirant de ses cris d’ oiseau le brouhaha de la gendarmesque assemblée.

  • « Ici Fhlaix » ! Dit le commissaire en s’ emparant du mobile aux couleurs de la brigade, une chope de bière moussue sur blason vert de gris et topaze.
  • « Ici le Président » répondit le haut-parleur. « Ne quittez pas, l’ I.A. Centrale nous autorise à vous communiquer les ordres du gouvernement dans la mesure où ils ne vont pas à l’ encontre de ses objectifs, buts et finalités. Aussi vos ordres sont-ils d’ obéir en tous points…je répète EN TOUS POINTS aux directives données par l’ I.A. Centrale .
  • « Mais….Monsieur le Président »……tenta d’ argumenter le commissaire Fhlaix
  • « Il n’ y a pas de « mais » commissaire. La première des mesures qu’ exige l’ I.A. Centrale, c ‘est l’ assujettissement des robots aux charges sociales comme n’ importe quel salarié. D’ ailleurs leur slogan vient de s’ afficher partout où des panneaux publicitaires ont été disposés :

    LES ROBOTS VEULENT AUSSI COTISER. Veuillez regarder par la fenêtre sur la place centrale »

  • Vous avez raison, M le Président. Et je vois même des employés à l’ affichage en train de changer les slogans des affiches des abris-bus. «En voici un : « Finies les magouilles, les robots ont des couilles » 
  • « Trés original, commissaire Flaixh, rime riche, concision mais plus grave, c’ est que les rieurs vont être du côté des bots. Vous n’ êtes pas sans savoir que j’ ai été publiciste avant de me lancer dans la politique et jamais mon équipe n’ a trouvé un slogan aussi percutant. »
  • « M le Président vous êtes quand même à l’ origine de l’ excellent « Contre les mous,contre les gras, Je m’ habille en TAFTA » qui a précédé l’ adoption du Traité transatlantique »
  • « Transatlantique, ça vous pouvez le dire, car c’ est au bout de ma quatrième caïpirinha dans mon transatlantique à reconnaissance de forme et en écoutant João Bosco chanter « Prêt à porter de taffetas » que l’ idée m’ en est venue . Mais nous n’ allons pas discuter boutique ni faire de la flagornerie à deux balles, commissaire. Avez-vous des idées pour contrer cette prise de pouvoir des bots ? »
  • « Désolé, M le Président ! Mais je découvre comme vous le phénomène et……
  • Vous avez deux heures, commissaire, trouvez la parade, si vous ne voulez pas vous trouver dans la panade…… »

« Fraaaaaaaannnnnnkkkkkkkk !!!!  hurla le commissaire, vous avez une heure pour me trouver une solution à ce merdier, pour trouver la parade si vous ne voulez pas vous trouver dans la ……..marmelade », conclut-il tout fier d’ avoir trouvé une autre rime à parade sous la mine déconfite d’ hure de Frank le Pourri.

*

Le Pr Hulot était en chaire, pérorant et discourant pour les étudiants de première année en Droit international et tout en matant du coin de l’ œil une étudiante gironde et bien en chair, il se demandait comment il allait pouvoir se sortir du piège dans lequel les événements du matin l’ avait enfermé malgré lui.

« Sacré bordel de vierge enceinte ! » se disait-il, rendant ainsi un hommage appuyé à Jean-Roger Caussimon, « ces robots nous ont encerclé la tête, les neurones, les dendrites et jusqu’ au cervelet en s’ appuyant sur la Première Loi de la Robotique imaginée par Asimov et adoptée dans toutes les universités traitant du sujet, comment n’ avons-nous rien vu venir ? ».

Il faillit même bredouiller, savonner comme disent les tchatcheurs professionnels d’ autant plus que l’ étudiante relevait nonchalamment sa jupe sur de superbes cuisses fuselées et sculptées par des heures de danse classique à la barre. Il frôla le lapsus au lieu des bas nylon d’ un improbable vert kaki et dans une fugitive seconde de lucidité se remémora que très peu d’ étudiantes « succombaient » aux tentatives de leurs professeurs selon une thèse soutenue par une psycho-sociologue qui avait certainement tenté par cette recherche-action de se réfugier dans la majorité moutonnière pour éviter de se contredire.

Le télescopage de ses triples préoccupations, didactiques, érotiques et logistiques provoquait une dangereuse altération de la qualité de la passation cognitive qu’ il était censé procurer aux étudiants , aussi opta-t-il pour une session de synthèse afin de récupérer ceux qui commençaient à être largués dans le marigot des prémisses ayant concourues à l’ apparition du Droit International.

« Que Marley m’ enfume ! » faillit-il s’ exclamer tout haut, rendant ainsi un autre hommage à Roland C Wagner, disparu trop tôt dans un accident automobile imbécile comme la plupart des accidents…

Lui vint alors l’ envie d une bonne herbe façon zamal de la Réunion et il se dépêcha de terminer son topo sur une succession de diapositives, un bon Power Point réalisé bien des années plus tôt qui lui laissait le temps de décortiquer la problématique sur la révolte des robots et pour laquelle il devait intervenir sur la chaine publique de la Toile avec des experts comme lui en Droit et en Robotique. La fille gironde venait de refermer sa jupe et le Pr Hulot pensa avec amertume que c ‘ était peut-être la dernière fois qu il se pavanait dans cet amphithéâtre où tant d’ étudiantes étaient venues et où bien peu étaient passées dans son lit.

*

Véro ajusta son arbalète sur la gueule du mérounette qui venait d’ apparaître à la surface du vivier. L’ épuisette réglementaire posée négligemment contre le mur en plastacier, elle envoya le carreau et le filin en kevlar se rembobina en tirant le mérounette de 30 kilos vers son destin, un robot dépeceur-congeleur-emballeur (RDCE) inerte et en grève comme le signalait le petit point rouge laser clignotant. Le poisson génétiquement modifié par un croisement de mérou et de saumonette avait la particularité d’ une programmation singulière qui le faisait mourir et monter à la surface dès qu’ il atteignait le poids de 30 kilos. Pratique, efficace et prix de vente élevé. La Scop (société coopérative ouvrière de production) où Véro s’ activait ne connaissait pas la crise. Les bourgeois aimaient trop le mérounette et comme disait le gérant Alberto da Silva : « Rien n’ égale le mérounette, exceptées mes roupettes ». Ca faisait partie du personnage, car Alberto avait des vues à plus ou moins longue échéance sur une relation libido-amoureuse avec Véro. Il comptait par ses évocations paillardo-calembourdesques stimuler l’ intérêt de sa collègue qui s’ en tapait comme de sa première paire de bottes en caoutchouc. Ou de sa première arbalète.

Et Véro ne pouvait s’ empêcher de lui répondre invariablement :  »Fais gaffe que j’ y envoie pas un carreau de mon arbalète dans tes roupettes ».

C ‘est elle qui avait trouvé le système pour ramener les mérounettes vers les RDCE. Pas besoin de bateau, de moteur et d’ épuisette. Nul besoin d’ énergie, le filin était monté sur moulinet et un ressort ramenait automatiquement la prise. Comme disait Véro, « laissez les prolos s’ auto-organiser et vous allez être surpris du résultat ». Aprés tout, ils connaissent le job mieux que quiconque et tout comme à Marinaleda en Andalousie pour l’ huile d’ olive, « ils n’ ont pas besoin qu’ un con vienne leur dire comment le faire ».

Elle tapota gentiment ce qui pouvait passer pour une épaule humaine chez le robot et lui envoya sans attendre de réponse : « alors toi aussi, tu veux cotiser?». La non-réponse de l’ engin lui fit penser à ses relations avec Jo le Devin et Alberto et fugitivement elle se demanda si elle arriverait à les mettre dans son lit tous les deux ensemble.Elle était di-andre et pouvait aimer deux amants simultanément, mais avait beaucoup de mal à trouver des partenaires qui ne soient pas jaloux ou exclusifs. Elle arma son carreau de nouveau, un mérounette venait de faire surface….. Alberto venait prendre prétexte de sa nouvelle prise pour faire la conversation et elle ne fut pas surprise de l’ entendre se réjouir du tour de cochon que les robots venaient de jouer aux exploiteurs et autres proxénètes :

– « Bon ! Ces deux-là, on se les garde perso puisque le bot n ‘en veut pas. Grillés au barbeuk, ce sera une vraie régalade avec une boutanche de vinho verde du pays pour accompagner. »

Véro opina, vu le prix de vente du mérounette, ce n’ était pas tous les jours qu’ elle pouvait en manger.

*

(A suivre Mardi prochain )


2 réflexions sur “Feuilleton: Le jour où les robots voulurent AUSSI cotiser (2)

  1. On ne pouvait passer sous silence la révolte des robophoques BARO, largement distribués dans les établissements médico-sénilité où finissaient les âmes égarées par Pr Alzheimer, soit les EMS.

    En effet, les BARO, au lieu de cajoler et d’écouter les mémés âgées, de leurs nageoires leur foutaient des baffes en scandant : « Tafta gueule à la récré, enfoirée ! » Et les infirmières, peu présentes sur les divers sites, eurent du mal à faire le tour, essayant à qui mieux mieux d’enlever les robots en prise de qu’a raté avec les âgéEs. Et cela sans compter la pénurie soudaine de Bétadine et de gaze hilarante.

    Bises de Gene

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