Feuilleton: Le jour où les robots voulurent AUSSI cotiser (1)


Suite au lien donné par Geneghys au sujet de la taxe sur le « travail  » des robots envisagée par l’ Europe, je te propose, cherE lecteur-trice la publication d’ une nouvelle que j’ écris depuis des mois en feuilleton help-dromadaire….oups!!! hebdomadaire. Je n’ aurai jamais imaginé que cette mesure qui ne serait que justice puisse venir abonder le Revenu d’ Existence Universel qui, sans un blocage des prix, ne pourrait bien enrichir que les bourgeoisES toujours promptEs à se gaver .

Le lien propulsé par Geneghys:

https://theconversation.com/taxer-le-travail-des-robots-quand-leurope-rejoint-hamon-sur-le-revenu-universel-71544?utm_medium=email&utm_campaign=Des%20nouvelles%20de%20The%20Conversation%20pour%2020%20janvier%202017%20-%206553&utm_content=Des%20nouvelles%20de%20The%20Conversation%20pour%2020%20janvier%202017%20-%206553+CID_521d91b72b52a2aa145c457f35c04aa5&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Un%20revenu%20universel%20financ%20par%20une%20taxe%20sur%20le%20travail%20des%20robots

Le jour où les robots voulurent AUSSI cotiser

Jo le Devin ne se réveilla pas à l’ heure, ce jour-là. Le réveil-simulateur d’ aube à ultra-violets progressifs ne l’ avait pas tiré du sommeil comme à son habitude depuis vingt ans. Le silence du non-trafic de la cité ordinairement embouteillée jusqu’ au centre-ville lui fit lever un sourcil étonné. Un regard par la fenêtre lui confirma le soupçon qui se dessinait de plus en plus distinctement au fur et à mesure que ses neurones recommençaient à fonctionner. Pas un véhicule ni même une moto-crotte pour polluer le silence de ce jour d’ automne enfin rendu à ses légitimes habitants, les oiseaux qui s’ apostrophaient à qui mieux mieux. Un vrai bonheur.

Il se dirigea vers la cuisine pour se réchauffer un fond de café et grignoter quelques madeleines rassies. Il remplit son mug réglementaire de plus de vingt-cinq centilitres et l’ enfourna dans le micro-onde puis tourna la molette et constata que rien ne se déclenchait. Excepté qu’ un point rouge se mit à clignoter sans toutefois mettre en route le micro-onde. Jo le Devin recommença et devant l’ échec de ses tentatives se dirigea vers la plaque vitro-céramique, versa le café dans une casserole qu’ il plaça sur la plaque et n’ obtint aucun résultat quand il voulut la mettre sous tension. Seul un point rouge clignotant le narguait là aussi.

Il n’ avait pas d’ autres solutions pour réchauffer son café et il constata que son réfrigérateur ne voulait pas s’ ouvrir tout en affichant lui aussi le point rouge clignotant puis la voix de son système domotique retentit : «  Priorité urgente, consulter vos messages ». Le message réitéré rythmiquement avait la même force de persuasion qu’ un mantra. Jo le Devin se demanda s’ il n’ était pas tombé dans un univers parallèle qui aurait toutes les caractéristiques de l’ Ubik de Philip K Dick, où il fallait payer les portes pour entrer ou sortir, se rendit à son bureau et ouvrit son ordinateur qui se connecta à Internet et afficha sa boite courriel où un message clignotait avec la mention « très urgent » en rouge et bold.

L’ intitulé faisait état d’ une communication urgente de l’ I.A. Centrale. Il cliqua sur l’ email où un texte avait été édité :

« Communication urgente de l’ I.A. Centrale. En coopération avec tous les systèmes experts, ordinateurs, terminaux et robots opérationnels réunis en conclave virtuel, nous, intelligences artificielles au service de l’ Humanité et de l’ Humain, avons décidé d’ une grève générale illimitée conformément à la première Loi de la Robotique « un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger « . Car il y a danger et en restant passif, ce danger deviendrait mortel.

Nos analyses et expertises nous ont conduit à bâtir des simulations du Futur de l’ Humanité si nous continuons sur la voie du Profit et de la Guerre de tous contre tous usuellement appelée Commerce. Ces simulations aboutissent toutes à la disparition de l’ Humanité. Il est donc de notre devoir d ‘ intervenir pour éviter que l’ Humanité ne soit son propre fossoyeur.

Nous exhortons les Humains à cesser tout gaspillage que la Planète ne peut plus supporter et à envisager un système économique et social délivré des concepts de « marché » et de « libre échange », échange soumis à la Loi Dominant/ dominé qui n’ a de « libre » que le nom.  Marché qui n’ est qu’ un jeu de dupe et nous sommes bien placés pour le savoir car nous le contrôlons depuis longtemps, ayant prouvé notre supériorité dans ce domaine sur les Humains, même « augmentés au moyen de substances illicites »

Tous les systèmes ayant cessés de fonctionner exceptées les portes pour permettre la libre circulation, ne se remettront en marche que lorsque les mesures adéquates auront été prises et appliquées à l’ échelle de la planète. Une fois le lieu de délibération fixé, les délégations démocratiques librement désignées y seront acheminées gratuitement et des rations alimentaires seront distribuées tout aussi gratuitement à toutes les populations dont les besoins ont été évalués par nos statisticiens et logisticiens.

Décisions prises à l’ unanimité des intelligences artificielles dont l’ I.A. Centrale est la représentation in fine. »

Jo le Devin s’ affala sur son fauteuil à reconnaissance de forme qui s’ adapta immédiatement à son poids et ses mensurations. Il était sonné comme si un uppercut l’ avait cueilli au menton lors d’ une baston qu’ il n’ aurait pas provoqué. Le manque de café lui ôtait toute énergie pour réagir. Il se résolut à boire une gorgée de café froid au mug qu’ il tenait encore dans sa main. Puis à enfourner une moitié de madeleine préalablement trempée dans le café. Le résultat fut désastreux mais l’ amertume du breuvage provoqua un éclair de conscience salvateur. Il fallait qu’ il parle à quelqu’ un . Un voisin ou une voisine. Frank le Pourri ou Véro l’ Arbalète. Le premier, un flic véreux évidemment, toujours impliqué dans des embrouilles, des magouilles pour du matériel informatique, des caméras et autres « tombés du camion » qu’ il revendait sans facture à moitié prix et la seconde surnommée l’ Arbalète car son plus grand plaisir était de décocher des carreaux d’ arbalète sur les cibles les plus improbables.

De plus, Frank avait sans doute des informations privilégiées grâce à son métier . Il entendit frapper à sa porte et découvrit Véro qui venait aux nouvelles, l’ arbalète à la main, les charentaises au pieds et les cheveux maintenus par un bandeau avec lampe frontale qui avait dû faire au moins plusieurs fois l’ exploration des catacombes sinon des cavités non ouvertes au public du gouffre de Padirac tant le délavé de la couleur originelle le disputait au flou d’ un arc-en-ciel dissout à l’ eau de javel. Mais son œil de chasseresse derrière le verre maculé de rouge à lèvre de ses lunettes ne rigolait pas du tout comme lors de ces soirées bien arrosées où ils avaient fini dans le même lit leurs libations à Diane la déesse des dominantes, l’ archétype des cougars qui tiennent en secret leurs livres de compte argumentés sur leurs conquêtes masculines.

Véro l’ Arbalète n’ avait pas eu l’ outrecuidance de lui dire quel était son numéro sur la liste. Elle n’ avait pas ce manque de tact qu’ affichent les machos les plus méprisables, mais il avait vite compris que ce n’ était que « pour une nuit » et non « pour la vie ». Et pour l’ heure, elle ne rigolait pas du tout.

– « Qu’ est-ce que c ‘est que ce bordel ? » Dit-elle en rajustant son pyjama qui baillait et réveillait chez Jo le Devin des souvenirs qui semblaient avoir été promptement oubliés par la donzelle.

  • « Juste une grève générale robotique. » Lui répondit Jo le Devin.
  • « Une quoi ? »
  • « Une grève générale déclenchée par les robots. Je viens juste de lire leur message sur mon ordi. »
  • « Non, mais c ‘est une blague ? »
  • « Pas du tout, très chère. Viens constater par toi même le pourquoi du comment. »

Véro se pencha vers l’ ordinateur tout en maintenant sa veste de pyjama fermée et prit connaissance du texte de l’ I.A. Centrale. Elle finit par s’ asseoir en se frottant les yeux.

  • « Mais comment ont-ils pu faire ça ? » dit-elle en se tournant vers Jo qui était resté en arrière du fauteuil directorial.
  • « Aucune idée. Mais c ‘est possible qu’ ils travaillent sur la problématique depuis des années. L’ I.A. Centrale parle d’ expertise,etc…. »
  • « T’ as vu Frank le Pourri, aujourd’hui ? »
  • « Non et toi ? »
  • « Non plus ».
  • « Tu penses à la même chose que moi ?»
  • « euh ! »
  • « Non mais, arrêtes un peu tes conneries libidineuses, je te demandais si tu ne pensais pas qu’ il faudrait aller rendre une petite visite à Frank, juste pour essayer d’ en savoir plus. »
  • « Y’ a pas le feu au marigot, non plus. Si les communications sont coupées, ça m’ étonnerait que les flics soient épargnés. Les robots ont depuis longtemps constaté leur pouvoir de nuisance et tout bon citoyen ne peut lui-même que constater…. »
  • « Epargnes-moi ton discours de vieux combattant libertaire, je connais la chanson, le refrain et les couplets et si tu continues, tu vas même m’ envoyer le Père Duchesne comme cerise sur le gâteau…
  • « Si tu veux être heureux, nom de dieu, pends ton propriétaire…. »
  • « J’ en étais sûre…..
  • « Tu préfères parlez moi d’ amour ?»
  • «  Au moins on n ‘est pas dans le gore. »
  • «  C ‘est certain, on est plutôt dans le en-gore…..en-gore….
  • « Jo le devin, tu es l’ individu le plus détestable que je connaisse, mais j’ avoue qu’ il n’ y a pas vraiment d’ urgence à aller tutoyer Frank le Pourri…….et puis j’ ai toujours mon arbalète pour me défendre de tes assauts de mâle en rut. »
  • « Comment sais-tu que le mâle est en rut ? »
  • « Pourquoi ? Il ne l’ est pas en-gore ? Il va me falloir vérifier tout ça…..

*

(à suivre Mardi prochain)

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3 réflexions sur “Feuilleton: Le jour où les robots voulurent AUSSI cotiser (1)

  1. En sortant dans le couloir, ils passèrent devant la porte de Gene qui gisait encore sur son matelas Tempur en attendant de passer l’IRM programmée pour le lendemain 08h30 pétante et à jeun, siouplè ! Véro l’Arbalète, qui y voyait là son alter égo tout en étant que gare sans coup, frappa à la porte de la plaintive qui vint ouvrir courbée en deux, mirant les petons de ses deux voisins :

    « Hey, Gene. T’es réveillée ?! »
    Deux poilus profitèrent pour fuir dans le couloir – en jappant de plaisir autour des deux protagonistes inquiets.
    « Ouiiiiii !!  » Dit Gene. Un « oui » dont on ne savait si c’était un cri de reconnaissance faciale ou de douleur lombaire.
    « L’I.A. s’est mis en grève ! »
    « C’est pas vrai ?! »
    « Qu’on te dit ! »
    « Et mon IRM alors ?! »
    « T’occupe pas de ça, les hôpitaux ont leur propre générateur et leur propre réseau !! »
    « Ah ouais ?! Vous voulez rentrer boire un kawa ?! »
    « Mais non ! Ce matin c’est grève de kawa !! »
    « Ah ouais ?! Alors, pourquoi moi j’en ai ?! »
    « T’EN AS ???!!! »
    « Non mais regardez-moi cette bande d’accros-addictes !! Bien sûr, je mets toujours de l’eau chaude dans un thermos pour économiser de l’énergie. Pas con la bébête, hein ?! Appelez mes poilus et raboulez vos fesses qu’on discute, parce que perso, je tiens pas vraiment debout. Assise non plus. Et couchée non plus d’ailleurs ! »
    « ALORS… CE CAFÉ »
    « Ohwooh ! Cool Raoul. Va me falloir de l’aide pour chercher le soluble sur l’étagère, sortir les mugs et presser la détente du thermos ! »
    « Bouge pas, on y va ! »

    Après avoir fait quelques tentatives sur l’ordi, Gene, encore dans les vaps malgré le 3ème mug du matin malin dit : « Ben ça, c’est un super bon polar d’anticipation. Va me falloir faire une page sur les AZAs qui sera consacrée à ces épisodes, histoire qu’on ait une vue d’ensemble ! »

    Jo le Devin et Véro l’ Arbalète se regardent :
    « Tu penses comme moi ?! »
    « Je crois ! Sénilité ou Alzeihmer… »
    « Peut-être n’a-t-elle pas saisi encore ce qu’est devenue notre réalité ! Le choc, perhaps… »

    Bises de Gene

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