Jean Casanova – L’ex-voto de Joaquina : Durao, mère courage.


(Siège de la Banque Goldman Sachs – 200 West Street – New York Ny10282 – États-Unis 11 Juillet 2016)

Jean Casanova

Barroso_1Le célèbre dôme surplombant la Place

Consternation ! À Florence, il n’y aura pas de McDo sur la Piazza del Duomo. L’emblématique place florentine n’accueillera finalement pas de fast-food. Nous sommes au désespoir.

Mais la journée ne fait que commencer. Et heureusement, une bonne nouvelle peut en chasser une mauvaise. Très tôt ce matin, Joaquina Durao s’est rendue à la cathédrale de Lisbonne pour y déposer un ex-voto. Non pour y remercier Dieu de la belle frappe croisée d’Ederzito Antonio Macedo Lopes à la 110e minute de France – Portugal, lors de cette belle soirée du 10 Juillet de l’Euro 2016. Non, tout simplement et plus prosaïquement, car son fils José Manuel vient de retrouver un job.

Barroso_2L’abside de la cathédrale de Lisbonne, lieu de dépôt des ex-voto

Locution latine signifiant « d’après le vœu », un ex- voto est une offrande faite à Dieu en remerciement d’une grâce obtenue. L’offrande peut, selon les époques ou les régions, prendre de multiples formes : statuettes, petites plaques de marbre gravées, voire, à notre époque où les représentations divines se sont considérablement modifiées, petit ballon de football. La pratique demeure aujourd’hui, fortement teintée par l’idée d’échange et de contrat, ces nouvelles raisons de notre monde moderne. En quelque sorte échange d’un bien matériel contre un désir exaucé.

Congédié en 2014, après deux CDD successifs de cinq ans – oui, le Code du Travail l’autorise, seul un troisième CDD ouvre droit d’office à un CDI – congédié depuis 2014, José Manuel était, depuis, resté, sinon au chômage, du moins sans emploi.

La chose est moins rare qu’on ne le croit pour ces hauts cadres supérieurs bardés de diplômes universitaires et ayant occupé de hautes fonctions de responsabilité, toujours très honorablement rémunérées, et pour lesquels « rebondir », nous voulons dire décrocher un nouvel emploi, est souvent plus problématique qu’on ne le croit.

Tous les chasseurs de têtes vous le diront avec une certaine franchise : « L’intéressé ayant souvent une très haute estime de lui-même, se payant souvent de grands mots et manquant souvent de la parcelle d’humilité toujours nécessaire lors d’un entretien d’embauche, l’intéressé, sans le savoir, peut très bien ne plus présenter le profil adéquat ».

Un temps sollicité pour prendre la direction du Secrétariat Général de l’OTAN, projet avorté malgré le soutien appuyé de George Bush, il n’avait pas rempli jeune homme ses obligations militaires, José Manuel demeurait astreint à la pénible obligation civile du pointage régulier dans les bureaux de Lisbonne de l’équivalent portugais de notre ANPE. Sinon, radiation ! Eh oui, là-bas aussi.

L’affaire se termine malgré tout de façon heureuse, et tant mieux pour José Manuel qui vient de souffler, le 25 Mars, ses 60 bougies. Un vœu réalisé, un ex-voto déposé. Vous connaissez tous, chers amis, passé ce cap fatidique, la difficulté à convaincre un employeur.

C’est le CV de José Manuel qui a fini par faire la décision. Car de telles compétences ne pouvaient rester longtemps inutilisées.

Barroso_3La photo jointe au CV

Lesquelles ? Venons y. José Manuel est un juriste universitaire de haut niveau, licencié de littérature médiévale à l’âge de 25 ans, toujours admirateur et commentateur de l’œuvre du célèbre philosophe suisse Denis de Rougemont, le grand pionnier de l’idée du fédéralisme européen intégral, dont il a longtemps suivi l’enseignement à l’Université de Georgetown, aux États-Unis. José Manuel, en élève respectueux, en faisait fréquemment l’éloge. Son ouvrage majeur Les méfaits de l’Instruction publique ne quittait d’ailleurs jamais sa table de chevet.

Mais qui est donc, chers lecteurs, José Manuel ? Comme il est d’usage au Portugal, José Manuel Durao Barroso porte deux noms de famille, le paternel et le maternel. Les grands médias et la célébrité ont décidé de faire plus court, l’usage n’a pas été suivi, et José Manuel s’est ainsi résolu à signer tous ces contrats de travail José Manuel Barroso, abandonnant là la Durao.

Disons-en plus le concernant. Ancien dirigeant des étudiants maoïstes et paysans au moment de la Révolution des œillets d’Avril 1974, il a poursuivi son parcours politique, véritable sentier lumineux, au sein du Parti social- démocrate portugais (PSDP). Plusieurs fois député, puis ministre des Affaires Étrangères, il devint Premier Ministre en 2002.

Grand démocrate et défenseur des Droits de l’Homme, il se rangeait en Mars 2003 aux côtés de George Bush et de ses projets d’invasion en Irak. En tant que Premier Ministre portugais, il organisait, à la veille du déclenchement de la guerre, le fameux Sommet des Açores sommet des chefs de gouvernement pro-intervention. Présents, ce jour qui a tant compté pour la paix future du monde : George Bush, Tony Blair et José-Maria Aznar.

Barroso_4Silvio Berlusconi n’avait pas pu faire le déplacement

Couronnement d’une carrière consacrée à la défense des Droits de l’Homme en Afrique et au Moyen-Orient, à la cause de la paix et du fédéralisme européen sous la bannière de l’OTAN, José Manuel fut nommé en 2004, à l’unanimité des 25 membres de l’époque, Président de la Commission Européenne de l’UE.

Après les deux douloureux non référendaires français et néerlandais au projet de Traité Constitutionnel Européen (TCE) de 2005, José Manuel maintint le cap et offrit à Nicolas Sarkozy l’opportunité de contourner la difficulté par la ratification parlementaire d’un nouveau Traité, celui de Lisbonne justement.

Il serait injuste de ne pas citer également que ce sont les mandats de José Manuel qui ont permis le lancement, entre l’UE et les USA, des négociations secrètes du Grand Marché Transatlantique, le fameux TAFTA (Trans-Atlantic Free-Trade Agreement) des Anglo-Saxons.

Barroso_5

N’omettons pas encore de citer le grand souci de José Manuel, celui de la Concurrence Libre et Non Faussée, lorsqu’il critiqua ceux qui, en France, voulaient, en raison de « l’exception culturelle » différencier, à l’intérieur de ces négociations, la Culture de tout autre bien marchand.

Barroso_6

De tels états de service, un engagement et une sûreté de vue aussi constants ne pouvaient laisser insensible le directoire de la banque d’affaires américaine, ce géant de Wall Street, Goldman Sachs. La même Goldman Sachs, à l’origine, c’était il y a très longtemps, en 2008, de la ravageuse crise des « subprimes ».

José Manuel vient donc d’être embauché aux fonctions de président-conseiller non exécutif du géant des affaires. « José Manuel Barroso apportera une analyse et une expérience immense à Goldman Sachs. Et notamment, une profonde compréhension de l’Europe. Nous sommes impatients de le voir parmi nous », ont déclaré Michael Sherwood et Richard Gnoddle, co- directeurs généraux de Goldman Sachs International.

« Je connais bien l’UE. Si mes conseils peuvent être utiles, je suis prêt à aider » a commenté modestement José Manuel dans son interview au Financial Times. Interview accordée juste après avoir conclu téléphoniquement son contrat : « Allô Goldman ! C’est OK. C’est rémunéré ? Oui. Mais combien ?… Ah quand même… Par an ?… Par mois ! ! ! Et non imposable ? »

Barroso_7

Évidemment, il fallait s’y attendre, c’est une véritable pluie de critiques, que dis-je pluie de critiques, non, de véritables torrents de boues dans la presse et les milieux politiques hexagonaux depuis 48 heures. En fait, de la part de tous les beaux esprits.

Barroso chez Goldman Sachs : « représentant indécent », « scandaleux », « pantouflage »

Par latribune.fr | 09/07/2016, 15:51

À les entendre, l’UE serait éclaboussée et salie, comme la Commission Européenne et les Chefs d’État et de gouvernement. La Finance aurait la haute main sur les destinées d’Europe. Raison serait donnée à l’euroscepticisme le plus noir. L’UE ne serait qu’une succursale de l’affairisme atlantiste le plus sordide. M. Barroso aurait affaibli l’Europe et relancé tous les populismes. Jusqu’à lui désigner des complices : Mario Draghi, directeur de la BCE, lui aussi ancien de Goldman Sachs ; Jean-Claude Juncker, le président actuel ; jusqu’aux chefs d’État européens. Quand la mauvaise fois s’y met, il n’y a plus de limites ! À preuve, conspirationnisme le plus lamentable, l’idée selon laquelle José Manuel, véritable zombie victime d’un sortilège vaudou, n’aurait accepté le job que pour nuire à son successeur Jean-Claude Juncker.

Gardons la tête froide. N’est-il pas juste de voir reconnus compétence, engagement, savoir-faire ? Reconnus, utilisés, rémunérés.

Barroso_8Et décorés


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