La crise…


La France va mal, c’est la crise, qu’on vous dit, et la crise, vous en entendez parler, depuis longtemps, en fait, comme votre père et son père en entendaient déjà parler avant vous, parce que la crise, ça fait quand même, bon an, mal an, 50 ans qu’on la côtoie, tous les jours, dans les sombres recoins des tiroirs dans lesquels traînent vos relevés bancaires, ces relevés que vous n’avez pas ouvert, sur lesquels apparaît chiffrée la misère d’une vie passée à tenter de survivre, sur lesquels crient les dettes cumulées pour tenter de manger, pour payer l’indispensable toit, pour financer la voiture qui ne sert qu’à vous rendre au travail.

Au sombre, les relevés, cachés, tus, pour qu’ils ne vous jettent pas à la face l’échec d’une vie que vous voudriez si belle…

La crise…

Elle est pas belle, ma crise ?

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Ça va mal, le pauvre se sert la ceinture et envie le plus pauvre que lui, qui ne l’a pas cette ceinture, parce qu’il n’a pas les moyens de se la payer. Qu’importe que le plus pauvre que lui soit obligé de tenir son pantalon à deux mains… d’ailleurs, un tel pantalon, élimé, rapiécé, qui donc en voudrait ? Non, le plus pauvre que lui ne se sert pas la ceinture !

Dans un geste humain, certains songeront bien à lui en payer une, de ceinture, pour qu’il puisse lui aussi se la serrer, même si c’est sur un pantalon usé… geste humain qui leur permet de ne pas voir les couilles du plus pauvre que lui, dévoilées par la chute de ce tissu que le plus pauvre aura lâché, épuisé qu’il est de ne même plus survivre.

Mais c’est la crise, encore trop bon, celui qui paie cette ceinture, éloignant le risque de se trouver face à une paire de couilles. C’est la bonté d’âme des temps de crise ! Et vous savez, vous, ce que ça coûte, une ceinture ?

La crise…

On lui a dit, au pauvre ! Répété, ahané, rabâché ! On lui sert de la crise à tous les repas ! Dans son assiette où se battent les poulets pas cher, au muscle gras et artificiellement gonflé à l’eau qu’on aura forcée, par des manipulations génétiques, par des apports chimiques, à tenir dans le muscle pour faire payer l’eau le prix du poulet. Dans les tomates gémélides dont l’aspect a cette présence qui manque tant au goût, dont la couleur a cette perfection qu’aucun peintre n’oserait, de peur d’être qualifié de « peintre du dimanche » incapable de nuancer et de représenter fidèlement la nature, elles aussi gonflées d’eau qu’on fait payer au prix de la tomate. Sous ses yeux, dans ses oreilles, pour qu’il comprenne bien qu’il lui faut faire un effort, encore un de plus, que l’eau coûte cher. Sous sa peau même, dans ses organes dévoyés par l’apport constant de rétenteurs d’eau qui lui font, lui aussi, garder cette eau, eau qu’on lui fait payer au prix du cancer.

La crise…

Soeur Anne, soeur Anne, ne voit tu point la crise ? Non, ma soeur, je ne la vois pas ! J’observe, pourtant, ouvre les yeux, compare, cherche, mais rien… les richesses produites, mesurées à coup de PIB me montrent qu’elles ont été multipliées par 5 durant ces 50 ans, les reversions au actionnaires, ont, elles, été multiplié par 100 sur la même période, et les deux courbes, montrant les richesses réelles, celles qui existent, n’ont cessé durant toute cette période, d’augmenter… une crise, dis tu, ma soeur, mais où donc est cette crise, cette baisse ? Je ne la vois point…

Et encore, je parle là en euros constant, chère soeur ! Ces euros recalculés pour faire coller le prix du pain d’hier à celui d’aujourd’hui, ces euros comblés et lissés qui mettent le litre d’eau de 1950 à 1 euro, comme celui d’aujourd’hui ! C’est donc bien le pouvoir d’achat général qui a bondit de 500 % durant ces 50 ans ! C’est bien le pouvoir d’achat de l’ensemble des français qui a permis, il y a 50 ans, la mise en place de la sécu, des caisses de chômage, de la retraite, de 4 puis 5 semaines de congés payés et de lois « liberticides » et « assassinant l’entreprise », entreprise tellement assassinée qu’elle a pu multiplier les revenus financier par 100… c’est bien ce pouvoir d’achat qui ne permet pas de faire ce qui était possible après avoir été multiplié par 5 !

Il faut dire que le salaire moyen des travailleurs, lui, n’a pas suivit cette tendance, qu’en euros constant, sur la même période, il n’a augmenté que de la moitié de l’augmentation du PIB, et baisse même de 3,3 % depuis 2008 alors que le PIB continue à progresser…

Mais, soeur Anne, tu nous dis donc qu’il n’y a pas de crise ? Que jamais la France, et le monde, n’ont produit autant de richesses, et que jamais la redistribution n’a été aussi concentrée dans les mains d’une minorité ? Que si, même sans révolution, même sans embrasement, nous nous étions contenté de conserver le même taux de redistribution, plutôt que de faire gonfler la finance, nous n’aurions jamais entendu parler de crise ? Que sur cette même redistribution faite en 1950, nos salaires seraient aujourd’hui deux fois plus importants ?

Chut, malheureuse ! Pas si fort, on pourrait nous entendre ! Retournons parler chiffons, et paire de couilles, et si ça ne suffit pas, reste toujours une bonne petite guerre… ça fait toujours trembler, et qu’importe si tu as 100 fois plus de chance de gagner l’euromillions que de mourir tué par un djihadiste, 50 fois plus de risque d’être tué au travail que par un barbu surarmé, 340 fois plus de risque de te faire tuer par une auto que par le « bras armé » d’un quelconque conte à dormir debout, 15000 fois plus de risque de voir le mélanome t’expédier ad patrès que d’entendre le « tac tac » régulier d’une kalach’, l’important, comme pour la crise, n’est pas la vérité, mais la peur qu’on te vend ! Et au prix de l’eau, elle aussi commence à valoir cher !


3 réflexions sur “La crise…

  1. « La crise », un étendard bien capitalo qui fait trembler les petits poissons alors que les gros requins jouent au poker-menteur à coups d’actions qu’on évalue, dévalue, pour réévalue… avec une petite OPA et quelques affaires qui éclatent aux grands jours pour vanter une transparence pour rendre le monde de la finance de plus en plus obscur…

    Tremblez, miséreux ! Car ce sera qui vous qui en prendrez plein la gueule. La « lutte des classes » ne se fera que dans les basses couches de la misère où la servitude volontaire règne en maître, et que les riches divisent pour mieux régner. C’est pourquoi je vais faire un article dès que j’ai la banane sur le Revenu de Base Inconditionnel ou comment des profs de droit ne racontent n’importe quoi pour faire peur à celles et ceux qui pourraient en bénéficier. (Faut juste que j’aie moins mal au bras gauche !)

    Bises de Gene

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