La misère recule ? En tous cas, grâce à Slate, le mensonge, lui, progresse !


Magnifique article de Slate, qui nous annonce fièrement que la réalité, et les chiffres, démontrent que seul le libéralisme, la mondialisation, est en mesure de combattre la misère… du moins, si on les croit sans vérifier leurs affirmations, ce que, vous vous en doutez, je n’ai pas fait ! (l’article en lien en cliquant ici même)

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Que voici un bel article, de Slate, qui nous démontre son parti pris libéral… en effet, dans cet article, ce « journal » nous annonce qu’il faut remballer tous nos modèles anti-capitalistes, que l’aide au développement, que les luttes pour l’égalité, ne servent à rien, et que sortir de la pauvreté, pour les peuples du monde, passe par la mondialisation et le libéralisme, chiffres à l’appui.

 

Mais quels chiffres ?

Slate nous le dit, il s’agit des chiffres de la Banque Mondiale (BM), et d’une « étude » à côté de laquelle, comme c’est pratique, les vilains rouges bobo-gauchistes préfèrent ne pas s’arrêter. Et bien, prenons les au pied de la lettre, et vérifions leur « article » en prenant, justement, comme sous main LES études de la dite Banque Mondiale (ces chiffres vers lesquels Slate préfère ne pas faire le lien, nous abreuvant de renvois à des articles libéraux US, plutôt que vers leurs réelles sources), pour vérifier le sérieux de ce journal, et de son journaliste…

Nous commencerons même cette analyse sans même remettre en cause les dits chiffres, les reprenant, dans un premier temps, comme argent comptant et projection de la réalité, mais, promis, même sur ces chiffres, je reviendrais.

Ainsi, selon l’article, malgré la modification de la méthode de calcul proposée par la Banque Mondiale, faisant passer le seuil de pauvreté extrême de 1 USD (et non pas, comme affirmé par le journal, 1,25 USD, mais on en est pas à une approximation près, dans cet « article »!) à 1,9 USD par jour, nous aurions vu, entre 1990 et aujourd’hui, passer le nombre de personnes touchées par cette extrême pauvreté de 1,96 milliards d’humains à 702 millions, ce qui démontre que la pauvreté recule !

C’est beau, quand même, sauf que l’article s’embrouille, se prend les pieds dans le tapis, et additionne les citrons aux oranges en cumulant des chiffres totalement différents ! Sans même parler de véritable manipulation, puisque même les affirmations de cet article sont fausses !

Ainsi, déjà, dès le début, l’interprétation qui est faite des chiffres proposés par la BM est tronquée. L’article affirme donc que la BM a changé sa méthode de calcul, et augmenté le montant minimum à toucher pour mieux correspondre à la réalité, oubliant juste ce qu’explique, pourtant, la BM, à savoir que le calcul est effectué en DOLLARS CONSTANTS, c’est à dire tenant compte de l’inflation, et que les 1,9 USD présentés comme une avancée correspondent, en fait, au pouvoir d’achat équivalent à 1 USD en 1990 … donc, aucune augmentation n’a été faite de ce montant, selon la BM, concernant la globalité de ce chiffre entre 1990 et 2015, celui-ci se contentant d’être juste mis à jour… il n’y a eu AUCUN relèvement de minima, contrairement à ce qu’affirme le journal, il s’agit juste d’une méthode de calcul qui n’a rien de nouveau, qui consiste à reconnaître les phénomènes d’inflation et de déflation possibles en économie ! Mais bon, ça ne fait que deux siècles que cela se fait, trop récent, semble-t-il, pour un journaliste quand les chiffres l’arrangent…

Et encore, nous ne parlons, là, que du montant retenu pour calculer l’extrême pauvreté, qui, déjà, est faux dans cet article ! Mais en jetant un oeil à celui concernant les populations, on s’aperçoit, là encore, que Slate prend quelques libertés avec ce que diffuse la BM !

Selon Slate, donc, en 1990, les populations vivant avec moins de 1,25 USD (faudrait savoir… en 1990, ils avaient 1 USD, 1,25 USD ou 1,90 USD par jour ? L’artiste auteur de l’article jongle, en tous cas, bien mal avec les chiffres !) auraient été quantifiables, et se chiffreraient à 1,96 milliard.

L’article, affirmant que ces 1,96 milliard de personnes correspondent au nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté dans le monde, laisse à penser que le calcul retenu par la BM se base sur la somme de 1,90 USD par jour pour tout le monde, alors que, selon les critères de la BM, l’extrême pauvreté correspond au niveau de revenu nécessaire PAR PAYS pour assurer sa survie… ainsi, si le calcul, pour des pays subsahariens se fait, effectivement, sur la base de 1 USD par jour, en 1990, et 1,90 USD par jour aujourd’hui, dans d’autres pays, ce calcul prend, comme base, des sommes autres, et bien plus importantes (pour certains pays, européens ou asiatique, américains, le montant retenu en 1990 était de 2 USD par jour, et de 3,10 USD aujourd’hui). Affirmer que les chiffres donnés correspondent à telle ou telle somme est donc une autre fumisterie ! Et si l’on veut parler de l’extrême pauvreté dans le monde entier, incluant la totalité des pays étudiés, nous n’en sommes plus à 1,96 milliards de personnes touchées, en 1990, mais à 2,57 milliards… excusez du peu !

Si l’on veut chiffrer réellement les choses, et ne prendre que les personnes touchées, effectivement, par les études faites sur la base de ces 1,90 USD par jour, on s’aperçoit que ce sont près de 40 % (39,9 %) de la population étudiée qui vit dans ces pays (excluant de l’étude, donc, l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord, l’Océanie et une bonne partie de l’Asie, DONT LA CHINE!!!), qui entre dans ces critères. Et si certains pays (Europe de l’Est et Amérique du Sud) voient, effectivement, la part de leur population sortant de cette zone assez conséquente, avec, excusez du peu, quand même une amélioration pour le Brésil importante, qui voit 6 % de sa population (donc plus de 12 millions de personnes), la quitter, pour bien d’autres, on ne constate pas la moindre évolution, pire, même, alors que jusqu’en 2005, une petite amélioration avait lieu, depuis 2005, la situation se dégrade… (voir le tableau complet ici : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SI.POV.GAPS ). Et encore, on ne peux que constater que ces chiffres sont pour le moins incomplets, plus de la moitié des pays de cette partie du monde ne fournissant aucun chiffre à la BM, et n’entrant donc pas dans les calculs. Ainsi, le Bangladesh, avec ses 156 millions d’habitants, n’entre pas en compte, mais qu’importe, il est vrai que, pour ce pays là, la misère n’y est pas connue…

Mieux, Slate se félicite de la baisse du nombre de personnes vivant avec moins de 1,90 USD de plus d’1 milliard de personne, mais « oublie » juste, au passage, de préciser que la Chine, par exemple, mais aussi d’autres pays (de l’est européen et d’Amérique du sud), sont sortis des calculs et qu’il n’existe plus, pour ces pays, de statistique concernant le nombre de personnes vivant avec moins de 1,90 USD par jour, mais seulement pour les personnes vivant avec moins de 3,10 USD par jour. Sûr qu’en ôtant, pour la seule Chine, l’équivalent de 25 % de sa population (pourcentage présent dans les calculs AVANT qu’elle ne change de catégorie, soit quand même l’équivalent de 250 millions de personnes), ça vous fait une chute…

Donc, en ne comptabilisant pas une partie de ceux qui étaient comptabilisés (et une partie conséquente, on l’a vu avec la Chine), en comparant deux chiffres ne correspondant pas entre eux, puisque la population étudiée en 2015 n’est pas celle de 1990, et qu’elle a été fortement réduite par un changement de méthode de calcul, bref en additionnant citrons et oranges, Slate est capable de nous affirmer que la misère recule ! Voilà qui est fort !

Slate, il y a peu, critiquait la méthode (et non pas les chiffres) de calcul retenue par Oxfam pour affirmer que les 1 % les plus riches détenaient autant que les 50 % les plus pauvres… on pourra juste, voyant comment eux s’arrangent avec les dits chiffres, se demander comment ils peuvent se porter critiques alors qu’ils prennent tant de largesses avec ceux qu’ils détiennent !

Alors oui, il est vrai que, selon la BM, le nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté baisse, passant (et là, on va prendre les VRAIS chiffres, issus des VRAIES données, donc, si vous avez bien suivit, des personnes vivant avec un revenu calculé PAR PAYS variant de 1,90 à 3,10 USD par jour) de 2,57 milliards de personnes à 2,2 milliards.

Et c’est là qu’on va un peu parler des chiffres eux-mêmes, et de leur réalité…

Ces sommes, retenues pour calculer le montant journalier disponible par personne dans un pays, ne tiennent, en fait, que peu compte de ce que la personne touche réellement. De nombreux critères, de santé, d’éducation, de liberté de la presse, entre autres, viennent gonfler ces chiffres, et la « richesse individuelle » dans le calcul proposé par la BM. Ainsi, un agriculteur qui ne toucherait AUCUN revenu serait, tout de même, crédité de montants correspondants à une valeur prédéterminée selon les terres dont il s’occupe, peu importe que les dites terres soient pillées lors de guerres, ou touchées par des événements climatiques, et donc, ponctuellement, non rentables, ces sommes lui seront quand même créditées. De même, en Europe de l’Ouest, une grande partie des personnes touchant, en réalité, moins que ces 3,10 USD par jour ne sont pas comptabilisées, du fait du niveau social du pays dans lequel ils vivent, et il faut, en réalité, être bien en dessous de ces 3,10 USD pour entrer dans le critère de l’extrême pauvreté dans un pays comme la France (3,10 USD par jour correspond, pour information, à 84 euros par mois…). Sans compter, une fois encore, que les méthodes de calcul ont été modifiées entre 1990 et 2015 et que certains critères non retenus en 1990 (comme, par exemple, l’éducation) sont aujourd’hui retenus dans le calcul des richesses d’une population.

Et ces informations sur ces sommes, sur ces revenus, sont, en fait, collectées par la BM non pas auprès des populations, mais auprès de leurs gouvernements, avec la qualité qu’on peut imaginer dans la réalités des informations fournies, dans un sens ou dans l’autre, selon que le dit pays voudrait être « en voie de développement » pour favoriser l’industrialisation, ou espérerait des aides substantielles liées à une situation, réelle ou pas, catastrophique. D’ailleurs, on ne pourra que constater l’irrégularité dans le dit chiffrage, certains pays ne faisant remonter l’information que de façon erratique (quand encore il le fait, tronquant, de fait, les résultats).

Bref, les chiffres sont obtenus au doigt mouillé, et on pourra réellement se demander si toucher 85 euros par mois rend riche, dans un pays comme le notre… c’est pourtant de tels chiffres qui servent de satisfecit au système capitaliste !

Quand à Slate, inutile de vous préciser qu’il me paraît pour le moins « dangereux », pour une information réelle et juste, de lui faire confiance, surtout après la lecture d’un tel article manipulatoire !


3 réflexions sur “La misère recule ? En tous cas, grâce à Slate, le mensonge, lui, progresse !

  1. Et comme montré dans le tableau de la banque mondiale que tu as mis en lien, peu de pays font état de leur patrimoine… à part les plus pauvres.

    J’ai trouvé deux liens assez intéressants qui ne sont pourtant pas difficile d’accès si Slate avait un peu poussé ses investigations. Celui de l’observatoire des inégalités : http://www.inegalites.fr/spip.php?article381
    Et celui de Thierry Crouzet qui défend le revenu de base inconditionnel comme voie de sortie de la crise économique, son article ne manque pas d’humour et de piquant. Il est ici : http://tcrouzet.com/2014/03/21/pourquoi-la-pauvrete-augmente-nen-deplaise-a-la-banque-mondiale/

    Je prends exemple de la Suisse où la Droite a gagné la majorité de l’ensemble des sièges du Conseil national le weekend dernier. Et depuis, c’est un peu la douche froide, car pour attirer les entreprises sur le sol helvète, on baisse les taux d’imposition sur un tas de chose – la méthode libérale, quoi – on apprend que l’électricité va augmenter, que les écolages scolaires vont presque doubler, sans compter les sempiternelles augmentations de l’assurance maladie.
    En opposition, on va réduire le filet social, quitte à le couper complètement si le sujet demandeur ne remplit pas certaines conditions.

    Bref, comme dans la vidéo de 26′, notre pouvoir d’achat fond comme neige au soleil et on nous assomme avec des chiffres moralisateurs qui nous font avaler la pilule. Moins d’argent dans le canton, donc moins d’argent pour les nécessiteux-ses.

    Allez, on se la repasse, juste pour rire :

    Merci pour cet article qui va peut-être aider à ouvrir les yeux !!
    Bises de Gene

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  2. Depuis qu’ on sait comment les fameux 3% du PIB ont été décidés à Bercy BEAUCOUP, à l’ heure de l’ apéro et avec des critères aussi significatifs que  » 2%, c ‘est pas assez » et « 4% c ‘est trop »
    😉

    Depuis qu’ on sait que la Loi de 73 OBLIGE l’ Etat sanfrais à emprunter aux banques privées AVEC INTERETS A LA CLé alors qu’ elle empruntait SANS INTERETS A LA BANQUE DE FRANCE….

    Depuis qu’ on sait que le Commerce c ‘est du VOL (Fourier fin du XVIII eme siècle)

    Comme dit l’ aphorisme sans péril: QUAND ON VOIT CE QU’ ON VOIT ET QU ON SAIT CE QU ON SAIT, ON A BIEN RAISON DE PENSER CE QU’ ON PENSE.
    😉

    Abraço do Sam

    Aimé par 1 personne

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