AIR FRANCE : UN MENSONGE COMPTABLE ENCHEMISÉ ET UNE PERTE DE FORME JUTEUSE POUR CERTAINS…


En bon casse-couille ex-syndicaliste aux dents (encore) acérées, j’ai toujours du mal à prendre pour argent comptant les présentations qui nous sont faites des résultats comptables, surtout quand elles servent à justifier l’immonde. Je me suis donc « amusé » à reprendre les bilans de cette bonne société Air France/KLM, histoire de vérifier la véracité du storytelling qu’on nous sert, et que le gouvernement reprend en choeur…

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Air France/KLM va mal… que n’avons nous pas entendu sur la chemise arrachée suite à l’annonce de la suppression de 5100 postes, dont 2900 en France, et sur les pertes déclarées qui ont entraîné l’obligation de ces licenciements faisant suite aux 8000 précédents et aux efforts consentis par les salariés (gel du salaire, augmentation du nombre d’heures travaillées, flexibilité) pour, justement, éviter un nouveau plan, efforts inutiles, on le constate maintenant…

Alors j’aurai pu parler de l’effort de celui qui s’est fait arracher sa chemise, qui non seulement n’a pas, lui, connu de gel de salaire, mais qui, alors que les salariés se seraient la ceinture, a vu son salaire augmenter de 74 %, mais bon, on va pas aller sur ce terrain là, on va juste se concentrer sur la réalité financière des difficultés d’un groupe qui, en terme de placement, est juste le 2ième transporteur européen, et un des tout premier fret au monde, ne faisant que reprendre les chiffres présentés dans leur bilan financier, mais, à l’inverse de ces bon méRdias, qui ne font qu’appuyer sur la perte du résultat net enregistré, on va décortiquer un petit peu ces comptes, histoire de voir la réalité de cette perte…

Ainsi, et ça, vous l’aurez entendu partout, Air France/KLM enregistre une perte nette de 189 millions d’euros, sur le dernier exercice clos. CATASTROPHE !!! Voilà qui est effrayant !

Sauf que… ben oui, je cherche la petite bête, et quand on me présente des chiffres, j’aime avoir sous l’oeil TOUS les chiffres, pas seulement celui qu’on voudrait que je vois, oubliant les autres !

Premier réflexe, je me dis « tiens, voilà qui doit dénoter d’une baisse du chiffre d’affaire importante ! »… et là, première surprise !

Non, le chiffre d’affaire n’a pas baissé ! Et, mieux, entre la dernière année bénéficiaire du groupe (2010), et l’année qu’on nous présente comme catastrophique, on constate même UNE AUGMENTATION DU CHIFFRE D’AFFAIRE (+5,5%) !

Mais alors, comment passe-t-on d’un résultat positif de plus de 600 millions d’euros à une perte de 189 millions alors que le chiffre d’affaire augmente ? Les charges auraient-elles monté ?

Non, même pas ! Non seulement les charges d’exploitation, sur la même période, n’augmentent pas, mais certaines (dont les charges de personnel), ont même baissé…

Plus de rentrée d’argent, moins de charges, le résultat devrait donc être en hausse… comment passe-t-on d’un résultat positif à une perte dans de telles conditions ? Comment, avec une progression du CA de plus d’un milliard d’euros (1,3 milliards), une baisse des charges d’exploitation de plus de 100 millions d’euros, peut-on perdre près de 800 millions d’euros (et même, si l’on tiens compte de l’augmentation du CA et de la baisse des charges d’exploitation, de plus de 2 milliards d’euros) ?

Avant de creuser un peu plus dans le bilan financier, reprenons, déjà, un élément qui nous est servi en boucle, celui de la gréve de l’an dernier qui a coûté cher…

Cet élément apparaît dans le résultat de l’exercice, et est chiffré par Air France/KLM himself, cette grève, estiment-ils au doigt mouillé (par eux même, et je n’irai même pas jusqu’à évoquer une possible surévaluation, on ne fera que reprendre LEURS chiffres), leur a coûté 425 millions d’euros !

Bon, on est quand même loin d’y retrouver ce trou de plus de 2 milliards… Ben alors, il est où, ce trou ? Mais déjà, juste en dessous de ce manque à gagner estimé, on a un premier élément de réponse dont, bizarrement, pas un seul média ne parle, alors qu’ils bavent tous sur le coût de cette grève…

Il apparaît, en effet, que sur la même année, les placements boursiers effectués par l’entreprise dans le cadre des prévisions retraite des salariés ont été, comment dire… catastrophiques ? Ainsi, sur une seule année, ces placements, donc l’argent prévu pour les retraites, placements rentables pour la seule société Air France, vu qu’elle joue cet argent en bourse tant qu’elle n’a pas, encore, à le reverser, et que cet argent, c’est celui de ses salariés, et pas le sien, lui ont fait perdre 1,7 milliards d’euros sur les sommes placées… Air France a joué l’argent des retraites de ses salariés, et en a perdu une belle partie, en bourse (dont 824 millions sur les seules retraites de ses salariés hollandais) !

Tiens donc, ainsi, alors que les grévistes sont d’immondes salopards, selon les méRdias, ayant coûté cher à l’entreprise, lorsque celle-ci joue en bourse de l’argent qui ne lui appartient pas, et qu’elle doit combler un trou qu’elle a créé représentant 4 fois ce que lui a coûté (selon eux) la grève, là, pas de problème…

Mais du coup, voilà 1,7 milliards qui s’envolent, et ceux-là, bizarrement, il n’en est question nulle part, alors que la responsabilité de l’entreprise dans cette perte là est directe (et monstrueuse)…

Plus étrange encore, alors que l’addition de ces deux chiffres explique déjà la perte, et qu’on peut voir que si la grève a coûté de l’argent à l’entreprise, c’est surtout, et principalement, ses placements hasardeux (et immondes, puisque, je le rappelle, l’entreprise joue non pas son argent, mais celui de ses salariés, même si, du coup, elle est contrainte de combler le trou qu’elle a créé, trou qui suffirait, à lui seul, à faire repasser le résultat de négatif à largement positif) qui ont créé la perte, on s’aperçoit, lorsqu’on regarde une ligne particulière du bilan proposé, que d’autres surprises nous attendent…

Cette ligne particulière, c’est celle qu’on oublie trop souvent, celle servant à camoufler un peu les choses, celle de la « provision pour risque et charges non courantes » (autrement dit, de l’argent qu’on fait disparaître du résultat comptable non pas pour la réalisation de l’exercice, ou le fonctionnement de l’entreprise, mais « au cas ou… ») !

Cette provision sert à pas mal de choses… ainsi, on y intègre les retraites chapeau et autres joyeuses primes qu’on versera aux dirigeants, qu’ils aient ou pas atteint les objectifs fixés, puisqu’on a pu voir, ces dernières années, que même quand le bilan était catastrophique, les primes sont versées.

Chez Air France/KLM, ces seules provisions pour les primes aux dirigeants (retraites chapeau et autres joyeuses primes au départ négocié, et lui bien payé, contrairement à celui des salariés) coûtent, quand même, 119 millions d’euros par an (soit l’équivalent de 62 % des pertes annoncées)… une paille, et cette paille, vous ne la trouverez, elle non plus, pas dans les discours méRdiatiques ! D’autant que cette paille là, il n’est absolument pas question, dans le plan prévoyant 5100 licenciements, d’y toucher !

Mais la provision sert aussi à pas mal d’autres choses… ainsi, depuis 2008, Air France/KLM est confronté à pas mal de procédures juridique, un peu partout dans le monde, pour « entente illicite » dans le cadre, principalement, du fret aérien. Les compagnies se sont entendu entre elles pour fixer les prix proposés, et ainsi se partager équitablement le gâteau du fret, sans avoir à lutter pour ça ! Sauf que c’est illégal et que la pratique a été vue, et condamnée. Et après les amendes record de 2008, prononcées par les USA à l’encontre de Air France/KLM (800 millions d’euros), les condamnations continuent de pleuvoir d’un peu partout, les procédure en cours actuellement touchant la Suisse et le Canada. Les amendes (plusieurs millions d’euros à chaque fois) et transactions sont donc provisionnées, et voilà que cette provision gonfle encore !

Et il faut croire que les casseroles à récurer sont nombreuses, quand on jette un oeil à cette ligne de compte ! En effet, entre 2010 et le dernier bilan clos, ces provisions qui, je le rappelle, ne sont pas de l’argent qui disparaît, mais des sommes qu’on fait disparaître des comptes en prévision d’événements parfois réels, mais qui, souvent, surtout d’ailleurs quand on voudrait pouvoir présenter un résultat déficitaire, peuvent se montrer hautement fantaisistes et surévaluées, ont fait un bond dans les comptes présentés, augmentant, sans aucune réelle raison, de 81 % pour atteindre 3,5 milliards d’euros !

3,5 milliards qui sont donc bien présents dans les caisses, mais qu’on a fait disparaître par un tour de passe-passe comptable du bilan ! Et rien que l’augmentation de ces provisions (+1,5 milliards d’euros depuis 2010), qui ne se justifie pas vraiment, ces provisions devant couvrir des « risques » qui sont moins importants aujourd’hui qu’en 2010, représente plus de 8 fois le montant des pertes annoncées…

Pour résumer, en prenant en compte le résultat présenté, et en admettant que la perte annoncée (bien qu’il ne s’agisse que d’une évaluation tombant du chapeau d’Air France/KLM) lors des grèves passées, on a donc un résultat plombé non pas par l’activité, non pas par les grèves, mais par le boursicotage d’Air France/KLM, et les pertes enregistrées, et par le camouflage de sommes qu’on pourrait qualifier d’importantes…

Si on réintègre dans le résultat (donc une perte de 189 millions d’euros) les sommes perdues en bourse (1,7 milliards d’euros) et les sommes existantes, mais camouflées dans la ligne de compte prévisionnelle, par une augmentation peu justifiable (1,561 milliards d’euros), on a, d’un seul coup, non plus une catastrophe justifiant les 5100 suppressions de postes, mais un bénéfice de plus de 3 milliards d’euros… et si on prend en compte l’amusement boursier de Air France/KLM avec les retraites de ses salariés comme étant une réelle perte (ce qui est moralement plus que douteux), en réintégrant juste l’écart de provision injustifiable qui existe entre 2010 et le dernier exercice, la société reste bénéficiaire de plus de 1,3 milliards d’euros !

Voilà qui relativise les annonces méRdiatiques sur la santé défaillante de cette entreprise, et permet, surtout de douter de l’utilité réelle du plan mis en place, mais ce discours là, vous aurez du mal à l’entendre !


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