TURQUIE: LA SOCIETE DU CIRQUE


Depuis quelques années, on considérait R.T. Erdogan, le premier ministre turc, comme le seul homme fort de la Turquie. On savait pourtant que si Erdogan est parvenu à écarter l’armée et la bureaucratie laïque, ce fut sans doute grâce à la confrérie de Fethullah Gülen. Il était impossible de penser que cette alliance serait brisée.

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En arrière-plan, Erdogan a partagé son pouvoir avec la secte de Gülen. Une fois qu’Erdogan s’est senti tout-puissant, il a renoncé à partager le pouvoir avec cette confrérie. Depuis un an, la confrérie se plaint que le gouvernement d’Erdogan essaie d’éliminer les membres de la confrérie de Gülen dans la haute bureaucratie. Enfin, M. Erdogan a tenté de donner un coup fatal à la confrérie en décidant de fermer les écoles préparatoires de cette congrégation. Évidemment, une telle décision prise par le gouvernement turc n’a pas été acceptable pour le mouvement fondé par l’imam turc Fethullah Gülen, car ce sont les écoles où le mouvement recrute ses membres et ses sympathisants. À partir de ce moment, le conflit entre les deux camps s’est aggravé.

Tout le monde se demandait comment la confrérie pourrait répondre à ce défi jeté ouvertement par le premier ministre turc. La réponse ne tardera pas. Le 17 décembre 2013, une opération conduite par la police d’Istanbul a visé l’entourage même d’Erdogan. Le PGD de Halk Bankasi, une banque publique, le maire de quartier Fatih d’Istanbul, un proche homme d’Erdogan, une dizaine d’hommes d’affaires et les fils du ministre de l’Intérieur, de celui de l’Économie et celui de l’Environnement ont été placés en garde à vue. Ils sont soupçonnés de corruption active, de fraude et de blanchiment d’argent. Les trois ministres sont aussi suspectés, pourtant ils n’ont pas été placés en garde à vue grâce à leur immunité parlementaire.

Même si cette offensive semble advenir soudainement, la police d’Istanbul suivait chaque pas des personnes arrêtées et des ministres. À savoir que si la guerre n’avait pas été déclarée entre les deux anciens amis, cette immense corruption en Turquie n’aurait jamais été révélée. Dans le gouvernement turc, quatre ministres sont déjà soupçonnés d’être corrompus. On parle d’une immense somme avoisinant les 100 milliards d’euros.

À noter que dans cette vaste affaire de corruption, il y a trois types d’accusations qui ne sont pas attachés les uns aux autres. Le procureur a décidé de faire trois opérations en même temps parce qu’après le premier coup, le gouvernement turc ne laissera pas la police continuer à poursuivre les opérations suivantes.

Voilà les accusations: d’abord, des terrains protégés à Istanbul ont été illégalement ouverts à la construction par le ministre de l’Environnement et de l’Urbanisation, et le fils du ministre a organisé la relation entre les patrons et le ministre. Ensuite, le maire du quartier Fatih d’Istanbul a créé un réseau de corruption. La dernière est une immense organisation internationale dans laquelle on retrouve des ministres, leurs proches et des bureaucrates de haut niveau. La police a trouvé que 87 milliards d’euros ont été transférés d’Iran à la banque turque Halkbank et pour éviter le contrôle international, des fonds ont simplement été transférés dans des valises.

La corruption est le sport national en Turquie, cependant, on n’a jamais vu une telle dépravation dans l’histoire turque. Le divorce entre l’AKP et la confrérie a suscité le déballage de cette sale histoire à la tête du gouvernement. Peut-être qu’aucun gouvernement turc ne fut aussi puissant que le gouvernement actuel. Comme on dit « Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument »

Devant Erdogan et son parti au pouvoir, on est incapable de mesurer la force du mouvement de Gülen qui a quasiment infiltré la bureaucratie turque, particulièrement la police et l’appareil judiciaire. La confrérie de Gülen a fait un pas décisif et irréversible contre le gouvernement et elle doit assumer toutes les conséquences si Erdogan ne sort pas fragilisé de cette guerre.

Déjà deux jours sont passés et aucun ministre n’a encore démissionné. En revanche, le premier ministre a choisi d’attaquer le mouvement en définissant ce qui s’est passé comme un complot contre le gouvernement. Les cinq hauts gradés de la police d’Istanbul qui ont dirigé les opérations ont été renvoyés de leurs fonctions en étant accusés par le gouvernement de ne pas avoir respecté la hiérarchie. Ils étaient supposés à prévenir leur chef, le ministre de l’Intérieur, qui est accusé d’être corrompu et dont le fils a été placé en garde à vue. Le ministre de l’Intérieur reste toujours à son poste tout en ayant le pouvoir de manipuler cette enquête. Comme le premier ministre l’a déclaré, beaucoup de responsables policiers ont été renvoyés. Et la dernière victime est le préfet de la police d’Istanbul.

Erdogan a commencé à purger le clan de la confrérie. On ne sait pas jusqu’où pourra-t-il aller dans cette purge au sommet. Mais il ne veut pas sacrifier ses hommes parce qu’il est tout à fait conscient de faire face tôt ou tard au mouvement de la confrérie. Cette affaire touche Erdogan juste avant les élections locales en mars 2014 et il a peur de se trouver accusé dans cette affaire. Il me semble qu’il va essayer de garder sa popularité jusqu’aux élections présidentielles de 2014.

La corruption est sans doute un talon d’Achille pour l’AKP. Si bien que M. Erdogan et ses hommes vont s’efforcer de clore cette affaire à tout prix. Sinon tout le langage que l’AKP a bâti va s’effacer. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas la première fois que des dirigeants de l’AKP sont accusés de la corruption. Autrefois, ces accusations n’avaient pas paru dans les journaux turcs, mais cette fois la situation est différente, les journaux turcs sont divisés en deux camps.

Il est difficile de deviner qui sera le gagnant après cette guerre entre le parti islamo-conservateur et la confrérie islamiste. Pour la démocratie et le système laïc, ce qui est souhaitable c’est que les deux camps sortent fragilisés à la fin de ce conflit. Ce qui est clair c’est qu’il y a quelque chose de pourri en Turquie.

Il faut attendre un peu et voir ce qui va se passer, car dans la nuit tous les chats sont gris.


2 réflexions sur “TURQUIE: LA SOCIETE DU CIRQUE

  1. Ah ben cela permet de freiner l’ascension autocratique d’Erdogan, car la confrérie de Fatullah Gülen sont quand même des modérés, contrairement à l’AKP qui se voyait pousser des ailes, à force de boire du redbull.

    Mais il n’y a pas une vidéo qui circule sur Youtube où l’on voit le frère du Premier ministre s’envoyer en l’air, justement?
    Et lorsqu’on sait que le budget intérieur est de 123 milliards d’euros…N’empêche qu’une question me taraude: n’est-ce pas la police d’Istanbul qui a matraqué les manifestants pacifistes du parc Geizi, là où le gendre d’Erdo le Magnifique voulait raser les derniers arbres de la place Taksim pour y construire un hyper-super-market??? Et une msquée, pendant qu’on y était? Gendre qui, rappelons-le, a une des plus puissante holding de Turquie…

    Merci pour cet éclairage et on attend la suite avec impatience, parce qu’Erdogan, qui se voyait devenir le phare du Moyen-Orient et du Maghreb et qui armait et entraînait les djihadistes pour aller semer la crème en Syrie tout en montrant soudain les dents contre l’Iran, doit se dégonfler comme une vieille pétuffe, non?!

    Bises de Gene

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