Une intervention en Syrie ne serait que jeter de l’huile sur le feu


Comment commencer à écrire un article sur l’actualité en Syrie en soi sans parler de tous ces pays: les USA, la Turquie, l’Europe et le Moyen-Orient? Malgré que je reconnaisse cette impossibilité, je vais m’essayer à ne pas sortir du contexte.

Aldous Huxley nous avait posé une question, cela fait longtemps, mais qui est toujours efficace «Comment savez-vous si la Terre n’est pas l’enfer d’une autre planète?» Peut-être avait-il bien raison, ou alternativement pourrait-on dire que le paradis et l’enfer se trouvent également sur la terre et le Moyen-Orient fut choisi comme l’enfer de la Terre. Est-ce que vous trouvez ceci trop absurde? La signification de l’absurdité est, croyez-moi, insuffisante quand on parle du Moyen-Orient. Je vous invite à surfer un peu sur les vagues orientales. Il vaudrait mieux l’appeler comme le monde musulman: « Là où le sang et la larme coulent sans arrêt, où des pères enterrent leurs enfants alors que cela devrait être contraire. »

Il est inutile de dire que mon point n’est pas du tout d’essayer de blanchir le régime syrien ni Bashar el-Assad. Chaque acteur, mentionné ci-dessus, a un but différent dans l’affaire syrienne . Ni ces acteurs-ci pro-régime (l’Iran, la Russie et etc…) ni ces acteurs-là anti-régime (les USA, la France, la Turquie et etc…) ne s’intéressent à la Syrie pour une raison humanitaire. Le fait est que la Syrie est un champ de batailles éternelles pour les camps historiques. Bien évidemment, la Turquie et Israël ne partagent pas le même intérêt, tout comme l’Arabie Saoudite et la France ont deux objectifs différents.

Pour éviter de mélanger torchons et serviettes, il faut essayer de voir les raisons de l’intérêt de chaque pays qui est en jeu actuellement en Syrie. Je me suis permis de diviser cet article en deux. La première analyse sera sur l’alliance occidentale, mais j’ai l’impression que l’on doit se focaliser sur la Turquie. Dans tous les cas, la Turquie, bien que n’étant pas capable d’agir sans les USA, est le premier acteur qui a poussé la Syrie dans une guerre civile.

ERdo_assadBisounours turco-syriens

En jetant un coup d’oeil sur la relation entre le premier ministre turc et le président syrien, on constate que Bashar Al-Assad fut l’un des meilleurs amis d’Erdogan. Ils avaient même été loin dans leurs réunions ministériels turco-syriens. A peine le printemps a-t-il renversé les dictateurs- laïques pour être remplacé en fin de comptes par des régimes islamiques (soit-disant modérés), M. Erdogan s’est décidé à incarner le rôle du leader du monde sunnite-musulman et la Turquie s’est mise à déstabiliser la Syrie. Bien entendu que ce ne fut pas totalement la volonté de la Turquie! Les pays du Golfe étaient depuis toujours favorables pour l’instauration d’un axe sunnite. La première cible sera la Syrie. Dans cette alliance, les pays du Golfe n’hésitèrent surtout pas à mettre de grandes sommes d’argent tandis que la Turquie arma facilement des rebelles contre le régime, ceci grâce à sa grande frontière avec la Syrie. Ce compromis de déstabilisation ne dérangea pas les pays occidentaux, voire les USA, vu que le régime syrien est un ancien ennemi des Etats-Unis. Cependant, l’affaire n’a pas fonctionné comme prévu; malgré tout, le régime syrien a persisté jusque-là. Le principal opposant, l’Armée Syrienne Libre, a été dominé par des militants djihadistes, ce qui n’est point un secret!

Erdo_contre_assadFini les bisounours turco-sytiens! (Assad fait la moue, pas un bisou de loin!)

Il va sans dire que la Turquie est la première responsable dans ce bain de sang. Comme je l’ai dit, l’affaire n’a pas marché comme prévu. De plus, l’alliance sunnite s’est confronté l’un à l’autre dès qu’a été commis le coup d’Etat en Egypte, ce qui a causé la perte du pouvoir des frères Musulmans. M. Erdogan s’est montré fidèle à Morsi coûte que coûte et il a reçu un vrai coup sur le visage en restant tout seul dans un Moyen Orient dont il se voyait déjà le leader.

Il y a quelques semaines, se trouvant tout seul sur la scène internationale, le Premier ministre turc, ne sachant que faire, accusa les pays occidentaux d’avoir collaboré avec le régime militaire égyptien. Il n’hésita pas à prononcer le nom d’Israël comme étant l’acteur principal. Comment M. Erdogan est-il arrivé à cette conclusion?! Depuis toujours, il y a un phénomène dans le monde musulman: au moment où ils rencontrent un événement difficile à expliquer ou à déchiffrer, le mot-clé est: « le lobby juif ». Ce qui est encore plus bizarre, c’est qu’Erdogan s’est autorisé à dénoncer BHL d’avoir orchestré ce qui se passait en Egypte. Au fil des années, on constatait qu’il n’était guère doué d’intelligence quoique ses conseillers l’aient persuadé de l’être. Tant et si bien que ce ne fut pas la première fois qu’il entretint une polémique avec un intellectuel ou un écrivain. BHL lui répondit d’une façon assez humiliante en disant que tout le monde se moquait d’Erdogan et tout le monde avait l’impression que ce dernier avait perdu la tête.

ERdo_bhlBHL et Erdogan, pas de bisounours du tout!

La bonne nouvelle est venue des Etats-Unis! Une fois l’espoir d’une intervention militaire en Syrie s’est-il levé que le gouvernement turc changea sa rhétorique. Il fut prêt à participer à une guerre contre la Syrie. La désinformation s’est détérioré au sein de l’agence nouvelle turque à propos d’utilisation de gaz chimique en Syrie. Le gouvernement turc n’a pas manqué de temps pour trouver un coupable: le régime syrien. Or on ne sait toujours pas si le régime syrien l’ait utilisé. Il ne serait pas étonnant de dévoiler une vérité montrant que les armes chimiques ont été utilisées par l’ASL, et on n’a pas besoin de faire tant d’efforts pour deviner comment les opposants auraient pu avoir du gaz chimique. On estime que l’ASL n’a pas la capacité d’utiliser les armes chimiques. Mais dans cette sale affaire, rien n’est assuré!

Malheureusement, le gouvernement turc verse les larmes sur les morts innocents en Syrie, que je sache, ce ne sont que celles du diable! Le gouvernement turc et ses partisans, quasiment tous les conservateurs musulmans, appellent à une intervention militaire en Syrie pour que les musulmans d’autre confession puissent trouver la mort. A mon grand étonnement, même ceux qui condamnèrent l’intervention américaine en Irak, aujourd’hui soutiennent aveuglement une intervention en Syrie. Bref, le gouvernement d’Erdogan veut la chute du régime syrien pour trois raisons en gros. D’abord, il a soutenu les opposants depuis que le mécontentement des opposant a commencé à secouer le pays. Le gouvernement turc a appuyé l’Armée Syrienne Libre en prenant partie en faveur de l’Al Nosra (Al-Quaïda). Il me semble que la deuxième raison serait en effet le prestige et l’économie. Depuis longtemps, presque deux ans, le gouvernement turc ne cesse d’annoncer la chute du régime. Il veut regagner du (soi-disant) prestige perdu aux yeux du monde. La Syrie, tout au long de la guerre civile, vient soit d’être anéantie, soit elle sera anéantie si cette guerre ne s’arrête pas! Il va sans dire que la Turquie deviendra l’un des pays fondamentaux pour le redressement du pays au moment où le régime tombera. La dernière raison serait une bonne occasion d’instaurer un modèle politique en Turquie. On a déjà tiré une chose au clair, la démocratie islamique n’existe pas, ce ne fut qu’une illusion perdue. A l’intérieur de la Turquie, M. Erdogan et son parti ont peur que le système installé peu à peu depuis dix ans ne soit menacé. C’est le finito du rêve. Lui et son modèle de « démocratie en Islam » n’est plus crédible. Et il est sûr que l’idée d’un régime islamiste ne sera plus jamais rendue crédible. Faire entrer la Turquie en guerre sera la bonne occasion pour passer du régime autoritaire au régime totalitaire.

Erdo_humourhumour moyen-oriental

Je pense que ce sujet mérite un peu plus d’attention. Si le gouvernement se lance dans une guerre, tous les citoyens sont censés se rallier au drapeau. Ceux qui refusent d’y participer en reconnaissant la guerre comme un « crime contre l’humanité » ou quelle que soit la raison, seront emprisonnés et même tués. Il serait alors fort peu probable que certains aient du courage de parler à haute voix contre le gouvernement en craignant que l’on ne les accuse de ne pas être des « patriotes ».

La situation est en Syrie est épouvantable. Pourtant, à quoi bon une intervention militaire, même une attaque sur les régions contrôlés par le régime? A rien, absolument rien! Prenant l’exemple irakien, les Etats-Unis ont envahi l’Irak en l’accusant à tort de détenir des armes de destruction massive. La situation en Irak aujourd’hui est pire que jamais. Divisée en trois, quelques dizaines des gens meurent chaque jour lors d’attentats-suicides. On doit tous être effrayé à l’idée que la Syrie de devienne la pire des choses à cause d’une intervention. Si les Etats-Unis prennent une telle décision, M. Obama et son gouvernement seront condamnés devant l’Histoire. Tout en cherchant une sortie honorable de l’Afghanistan, ils veulent créer un nouvel Afghanistan en Syrie. Dommage que la Turquie n’en devienne que le nouveau Pakistan!

Pour ceux qui regardent objectivement cette situation en Syrie, le régime syrien doit demeurer jusqu’à ce qu’une alternative soit trouvée. Après Bashar el-Ashad, le déluge sera indéniable. Parce que si les opposants sur les champs de batailles installent un nouveau régime, celui-là ne serait autre que celui de la charia. Et comme disait le philosophe-poète syrien Adonis: « le régime totalitaire-islamique sera plus infernal que le régime actuel. »


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s