Egypte, Quo Vadis ?


 La révolution ou un coup d’état militaire?

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Il est probable que nous pourrions décrire cette période en Egypte comme une période de changements. Chaque événement va être nommé différemment, indépendamment des différents camps dans la société. Les points de vue des événements historiques en Egypte depuis 2011 se baseront sur le fait que nous sommes convaincus de pouvoir saisir sur la réalité sociale égyptienne. Quand on est confronté avec un phénomène tel que celui de l’Egypte, on désire faire une analyse approfondie sur le sujet. Cependant, plus on creuse, plus un dilemme se manifeste et il nous reste tant de sujets incompréhensibles. Il est donc très important d’approcher ce phénomène d’une manière objective, car on a vu que plusieurs thèses sur le déroulement de ce qui se passe en Egypte sont étroitement liées à certaines prises de positions dans la société. Et ce pas seulement en Egypte, mais aussi dans le monde musulman et dans les pays occidentaux.

L’armée égyptienne a renversé le président élu Mohamed Morsi et a pris l’administration du pays des mains des Frères Musulmans. Le président de la Haute Cour constitutionnelle, Adil Mansour, a été nommé comme président. En prêtant serment, Mansour a dit, sans doute en ayant mentionné Morsi, que le peuple égyptien ne permettrait plus que ce soit la tyrannie qui dirige le pays.

Soyons clairs! Si tant de pays, y compris les USA et les pays européens, n’aient pas nommé cet événement comme « un coup d’état », il n’en reste pas moins que c’est « un coup d’état ». Il ne faut pas chercher une définition hypocrite. La bible de la démocratie nous dit tout simplement que ce qui s’est passé en Egypte est « un coup d’état ». (D’autant que si les USA reconnaissent  un coup d’état, cela voudrait dire non seulement la cessation du versements des subsides à l’Egypte, mais aussi l’installation d’un embargo, ce qu’Obama redoute par dessus tout!)

Quelle que soit la raison, un coup d’état est une mauvaise option et une telle chose ne peut être acceptée par une démocratie. La démocratie, dans le monde arabo-musulman, se montre très rare et là, elle a reçu un coup fatal.

Il est impensable pour ceux qui se disent  »démocrates » de voir ce putsch légitimé. On a assez d’expériences qui prouvent que le putsch pousse avant tout les démocrates, les socialistes, les homosexuels hors de la scène politique et ce, même si le putsch a été commis dans un but commun avec ces acteurs-là.

Cependant, il est nécessaire de saisir ce qui s’est passé en Egypte et ce n’est pas une affaire facile à comprendre. Quand on observe la situation actuelle, on ne parvient pas facilement à savoir qui est avec qui. Par exemple, le premier pays qui a félicité l’armée égyptienne est l’Arabie Saoudite, mais comment? Pourquoi Obama a-t-il hésité à prononcer le mot   »coup d’état »? Pourquoi le président syrien s’est-il réjoui de ce putsch?

Pour trouver les réponses, il nous est obligé de passer derrière ce coup d’état où il y a un phénomène à expliquer. Ce sont quelques trente millions de personnes qui sont descendues dans la rue contre Morsi, voire même des frères musulmans; cela va sans dire qu’il y a deux fois plus de monde que lors des manifestations contre Moubarak. On sait bien que dans le monde musulman, la trahison des images nous fait souvent cruellement souffrir, mais: l’embuscade fait partie de la culture orientale depuis longtemps.

Il vaut mieux examiner les cas du passé pas à pas pour trouver un nom à ce phénomène. Sinon comment expliquer cette invasion de manifestants sur la place Tahrir? Tout le monde peut être d’accord que trente millions d’Égyptiens ne sont pas tous des partisans du putsch, sachant que la majorité d’entre eux y était déjà il y a deux ans contre l’ancien régime, (ce terme est très discutable). Pour quelle motivation se sont-ils trouvés encore une fois sur la place Tahrir ?

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Il faut admettre que le projet des Frères Musulmans a connu un échec. Les raisons du cet échec vont être longtemps discutées. Mais il est clair que les FM ont une crise existentielle, probablement à cause de l’empoisonnement du pouvoir. À savoir que ce mouvement n’avait même pas eu ce type de crise pendant qu’ils étaient sous la forte pression du régime Moubarak et essayaient d’exister en clandestinité. En outre, l’opposition est très homogène. C’est-à-dire que les FM a divisé le pays en deux: d’une part, il y a un clan qui dirige et d’autre part, il y a le reste du pays. A la lumière de cette information, on ne peut pas dire que ce conflit soit entre les FM et les libéraux- démocrates. Les opposants ont voulu tout simplement faire partir Morsi mais ils n’appartiennent pas à un parti politique. Il va sans dire que parmi eux, il y a des extrémistes comme des salafistes.

Les Frères musulmans ont même été abandonnés par leurs plus proches alliés et partenaires. Les salafistes n’ont pas voulu faire une alliance avec les Frères musulmans. Le parti salafiste est le deuxième grand parti du pays. Donc, les salafistes se réjouissent d’une telle situation. Paradoxalement, les salafistes accusent Morsi de renoncer à établir une vraie charia. Le mois dernier, Morsi a déclaré le djihad contre le régime syrien et a coupé les relations diplomatiques avec Damas, un acte qui a plu aux salafistes. Bien que les salafistes aient l’air d’être contents d’avoir vu Morsi partir, le scénario peut être changé. En observant l’attitude de l’armée et du gouvernement de transition, ils peuvent s’approcher ainsi des FM.

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Les mois de janvier et février 2011, les Frères Musulmans n’étaient pas tout de suite sortis sur le terrain. Pourtant les événements consécutifs après le 25 janvier 2011 avaient donné la chance aux Frères Musulmans d’avoir eu des voix dans le Conseil suprême des forces armées. Ce même Conseil qui avait renvoyé Husni Moubarak. avant que les Frères aient pris le pouvoir.

Toutefois, personne n’a dit que les Frères Musulmans et Mohammed Morsi sont arrivés au pouvoir grâce à un « coup d’Etat militaire ». Beaucoup ont vu ce résultat comme la conséquence naturelle de la révolution.

Le départ de Morsi est advenu en raison du mouvement populaire qui est deux fois plus grand que celui qui avait créé le départ de Moubarak. Donc, peut-on aussi appeler ce phénomène une révolution? Pourquoi appelle-t-on cette prise du pouvoir commis par le ministre de la Défense du chef d’état-major général, Abdülfettah al-Sisi, nommé par Morsi lui-même, comme un « coup d’Etat militaire » alors que le même événement dirigé par le général Tantawi n’a pas été décrit comme un « coup d’Etat militaire »?

Le problème est-il à cause de la différence entre Hosni Moubarak et Mohammed Morsi?

Dans le cas démocratique, oui. Parce que Morsi a été élu. Certes, même si les élections sont l’une des clés les plus importantes de la légitimité, elles ne sont pas les seules garantes d’une démocratie. De plus, les élections populaires ne sont pas une preuve véritable pour éviter un régime autoritaire. L’histoire nous a montré que bien des dictateurs sont arrivés au pouvoir grâce aux élections, mais aucun d’entre eux n’est parti avec des élections. En fait, ce qui s’est passé en Egypte, c’est tout simplement que le régime laïque-dictatorial a été remplacé par un système islamo-autoritaire. En fin de comptes, la dynamique a réagi une fois encore contre un système totalitaire dit plus atroce que l’ancien système.

Ainsi, en Egypte, on ne peut parler d’une simple formule «noir et blanc». Les équations politiques et sociales sont très complexes. Tant et si bien qu’en Egypte, par exemple, l’Arabie Saoudite a gagné un avantage concurrentiel contre le Qatar avec le renversement de Mohammad Morsi. Il semblait même qu’il y ait une guerre entre la chaîne de télévision Al-Jazeera (Qatar), la voix des Ikhwan, et celle de El- Arabiyye (basée à Abou Dabi, financée par l’Arabie Saoudite), la voix des Salafistes. Il est fort intéressant de voir que ces deux pôles du pouvoir dans le monde arabe du Golfe  soutiennent deux camps différents, à noter que les deux pays ont une forte alliance contre le régime syrien.

En outre, à travers l’Histoire, le régime wahhabite et les Frères musulmans n’ont jamais bénéficié de bonnes relations. Sans tenir compte des tous ces «détails», il n’est pas possible de comprendre ce qui s’est passé et ce qui pourrait se passer par la suite en Egypte.

Il me semble a priori nécessaire d’approfondir les différents aspects de la société égyptienne et il y a deux concepts historiques qui nous aideront à expliquer ce phénomène. Le premier concept est dicté par le front du 30 juin dont les participants se sont manifestés sur la place Tahrir pour demander à Morsi de partir. Pour eux, c’est une nouvelle révolution, pas un coup d’état militaire. Ce mouvement est basé sur la vision nationale de la révolution égyptienne contre les Anglais en 1919.

Le point de vue des partisans des FM est complètement différent. Leur concept est essentiellement basé sur la fondation de l’Ikhwan (FM) de 1928. Ces derniers disent donc que la révolution de 2011 a pris racine de ce concept. Il est très clair que les Frères Musulmans se battent depuis longtemps pour avoir le pouvoir et se disent prêts à se battre pour le garder  jusqu’au-bout. Après une année passée au pouvoir, l’Ikhwan a perdu son crédit aux yeux des modernistes et des libéraux. Ceci parce que beaucoup de personnes croyaient que les Frères étaient des modérés et étaient capables d’établir un Etat islamique-moderne. Il serait remarquable, si les Frères Musulmans ne puissent pas reprendre le pouvoir à la suite de cette quasi guerre civile, que Morsi puisse être paradoxalement l’acteur qui aura fini l’Ikhwan, lequel mouvement Anouar el-Sadate et Moubarak ne sont jamais arrivés à anéantir.

A peine arrivés au pouvoir, Morsi et les FM ont essayé de conduire le pays vers un régime islamo-totalitaire. Ce n’est pas surprenant et ce but n’a pas été fait en cachette, mais peut-être personne n’avait pensé que cela arriverait si rapidement.

On a donc deux visions très différentes sur le passé de l’Egypte, alors que pour l’avenir du pays, beaucoup de questions restent sans réponse. Et la question la plus importante est sans doute: « donc comment les égyptiens peuvent-ils vivre ensemble après le déluge »?

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Les Frères musulmans appellent à une intifada contre l’armée et ceux qui ont volé la révolution des FM. C’est un appel à la guerre civile. Les autorités égyptiennes et les opposants aux FM doivent comprendre qu’il n’y a pas de scénario possible sans FM. Sinon, les FM vont à nouveau devoir rentrer dans la clandestinité et cela veut dire que l’Egypte va devenir une marre de sang. Les FM nous ont montré leur visage hypocrite. Toutefois la solution pour l’Egypte n’est pas de jeter les FM hors de la scène politique. A partir de ce moment, l’armée devra lutter sur deux fronts; partout contre l’Ikhwan, et contre les salafistes au Sinaï. Aujourd’hui, il est évident que Le Sinaï est devenu la Tora Bora de l’Egypte. Si les djihadistes se trouvent dans le même camp, la situation pourrait devenir exactement celle de l’Algérie en 1991. En effet, le chemin du Front islamique du salut en Algérie n’est pas très différent de celui du FM.


4 réflexions sur “Egypte, Quo Vadis ?

  1. C’est bon d’avoir un point de vue éclairé, mais une question n’est pas soulevée dans ton article. C’est celle de la réaction (ou pas d’ailleurs) de la rue face à la prise de pouvoir de l’armée et surtout à sa réaction qui, comme tu le souligne, va forcément se traduire par un écartement d’une bonne partie de cette population des décisions (n’oublions pas que l’année dernière, la « transition militaire » s’était déjà traduite par des répressions)…

    Même si, comme tu le dis, le problème immédiat réside dans le bain de sang qui risque fort de se produire lors de la réaction des FM, cette autre question se posera forcément aussi, à un moment ou à un autre…

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    1. Bon, d’après ce que j’ai entendu, les laïcs et les modernistes n’acceptent pas que ce soit l’armée seule qui s’arroge l’honneur d’avoir renversé Morsi….mais tu soulèves une bonne question!

      On va oeuvrer pour que l’intéressé réponde….
      Gene

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  2. Bien entendu que la majorité des opposants aux FM, notamment la Place Tahrir, ont soutenu ce coup d’état militaire même s’ils disent que l’ex-président a été renversé par une révolution populaire, et non par un coup d’état militaire. On a clairement vu que les foules ont montré leur sympathie pour l’armée. Ce n’est pas la première fois, on l’avait aussi observé pendant le période du renversement de Moubarak. Pourtant, un coup d’état ne signifie qu’un coup d’état, peu importe s’il est soutenu par la majorité ou pas. Il faut noter que si le vent change de direction et si l’armée continue à se montrer incapable de diriger la période de transition, il ne sera pas surprenant que la Place Tahrir puisse retirer son soutien à l’armée. Savoir qu’il y a des gens qui accusent l’armée d’essayer leur voler leur révolution. L’une des figures les plus importantes du Front 30 juin, le parti Al-Dostour, le fondateur a déjà dit que les responsables de cette catastrophe sont les FM et l’armée.

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