Les indignés de Turquie


La Turquie se partagent en deux catégories ; ceux qui se révoltent et ceux qui les accusent....

Même si en utilisant la police, le gouvernement essaie de mettre un point final à ce soulèvement qui se déroule à peu près partout en Turquie, on voit bien que le gouvernement a dû reculer et les manifestants ont pu avancer et à obtenir leur demandes.

Il y a quelques mois, un gouverneur d’Isparta (une petite ville anatolienne) a interdit, pour la première fois en Turquie, de consommer de l’alcool dans les parcs et les lieux publics. Aujourd’hui, le tribunal local a trouvé cette interdiction contraire à la Constitution et l’a levée. Il semble que cette décision ait un lien avec les évènements actuels.

Le parc Gezi et la Place Taksim sont devenus des lieux de liberté. Ces deux lieux sont entièrement occupés par les manifestants et il n’a y point de police. Les gens sont incroyablement tolérants; quelques uns s’embrassent, les autres boivent de la bière, les homos sont partout. Probablement, la Turquie n’a jamais vu une telle ambiance auparavant. L’ambiance est aussi très intellectuelle: les concerts y ont lieu et il y a même une bibliothèque en plein air. Les gens partagent ce qu’ils ont. Ils se demandent s’ils arriveraient à faire une révolution partout en Turquie, une Turquie qui serait un pays de merveille ? Bon, c’est utopique, mais ils sentent la liberté et surtout, une des conséquences les plus importantes est qu’ils ont appris à ne plus avoir peur, qu’ils ont dépassé cette barrière de la peur. Les slogans et les blagues fusent de partout. Ils ont l’air d’ados américains qui profitent que la famille soit partie en vacances pour faire la fête. On voit des notes: « Le Maroc résiste! », « l’Afrique résiste! » qui rappellent le voyage d’Erdogan en Afrique.

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Les manifestants sont en mesure de changer les médias même si ces derniers sont sous le contrôle du pouvoir. Le directeur général de la chaîne NTV s’exprime ainsi: «Oui, on a fait une grande connerie en n’ayant pas informé le public et je m’en excuse.» Les autres chaînes de télévision l’ont suivi. Ils ont enfin trouvé le chemin de Taksim.

Il est probable que c’est un scénario pour sauver le charisme d’Erdogan. A peine M. Erdogan parti du pays, le Président de la République, Abdullah Gül  a déclaré: «On vous a compris! La force démesurée de la police n’est pas acceptable. On a tiré les leçons des ces manifestations.» De plus, le vice-premier ministre s’est excusé pour les fautes d’interventions dans le parc Gezi au premier jour des manifestations. Mais Il est clair que le Premier ministre ne s’est pas excusé et plus probablement, ne se serait jamais excusé. Il veut garder son image invincible sans s’excuser de ce qui se passe et les manifestants ne seront jamais vraiment satisfaits. Parce qu’on sait bien que le gouvernement turc est Erdogan; et tout est Erdogan! Il a absolument besoin de quelqu’un qui se tiendrait à ses côtés pour lui dire chaque matin: «Hominem te esse».

Il y a un air victorieux sur la place Taksim où on a donné le feu vert aux soulèvements. Cependant, ailleurs en Turquie, la police disperse encore des manifestants avec violence. Des observateurs et des chaînes internationaux se focalisent aux manifestations à Istanbul alors que les gens continuent à manifester dans dizaines d’autres villes en Turquie qui sont oubliées et sont régulièrement heurtées par la police lors des affrontements. Un jeune homme de 22 ans est mort lundi après avoir été frappé par une balle pendant une manifestation dans le sud de la Turquie. Il s’agit du deuxième décès (officiellement déclaré) en lien avec les manifestations qui secouent le pays depuis près d’une semaine afin de protester contre les politiques du gouvernement.

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On ne sait guère combien personnes ont été arrêtées par la police depuis le début des manifestations. Aujourd’hui, lors d’une interview, le ministre d’intérieur n’a pas répondu à cette question. Hier soir, la police d’Izmir a interpellé 38 personnes en les accusant de tenter d’organiser des manifestations sur Twitter. Selon un député du parti opposant (CHP), membre de la « Commission de droit des hommes », quelques 4000 gens ont été arrêtés cette semaine. Disons que les manifestations doivent se dérouler jusqu’à ce que les personnes arrêtées soient libérées. Il faut comprendre que ces gens-là seront punis vraiment durement pour qu’ils aient une bonne leçon afin de réfléchir dorénavant à deux fois avant d’oser manifester contre le gouvernement. Les manifestant ont la puce à l’oreille. On a bien compris que le gouvernement ne punira pas les responsables principaux tels que les chefs de la police ou les gouverneurs des villes. Peut-être que si les manifestations continuent, quelques policiers seront sacrifiés pour calmer l’opinion public.

Les pro-Erdoganistes commencent à dire qu’ils attendent le feu vert pour sortir de leur tanière. Cela veut tout simplement dire qu’il y a le risque d’une guerre civile en Turquie. Ils ne veulent pas comprendre que les manifestant ne remettent pas la légitimité du gouvernement en question. On respecte ce gouvernement qui a été élu démocratiquement lors des dernières élections démocratiques. Par contre, on accuse le gouvernement d’abus de pouvoir et qui essaie d’ôter les droits fondamentaux de chaque citoyen. En outre les médias pro-Erdoganistes cherchent en arrière-plan une raison qui a suscité ces manifestations. On entend souvent parler d’ennemis qui vont de la CIA au régime syrien qui souhaiteraient cesser le développement de la Turquie.

Il est en revanche étonnant d’entendre quelques analystes appeler ces évènements «le Printemps turc» en analogie avec «le Printemps arabe». Il faut bien noter que cette rébellion de Gezi n’a rien à voir avec « le Printemps arabe ». Le « Printemps arabe » était contre les familles qui étaient installées au pouvoir depuis des décennies (et que leurs élections étaient teintés de corruptions et et les oppositions n’avaient de valeurs que symboliques). La situation en Turquie est assez différente. Cette révolte, menée par les jeunes en général, a pour but de protéger leurs droits universels. En ce sens, si vous voulez associer ces manifestations à quelque chose de plus proche, il serait plus ingénieux de le faire avec le « Mouvement des Indignados » d’Espagne, de France ou des Etats-Unis. La deuxième différence est que le « Printemps arabe » a mis en place des partis islamistes au pouvoir au lieu de chefs autocrates-laïques. En Turquie, c’est tout à fait contraire.

Sur la place Taksim, le parc Gezi et d’autres lieux, les gens crient dans le rue le slogan le plus puissant et le plus répétitif: « Recep Tayyip démission! » Toutefois, cela ne signifie pas le rejet de la légitimité de son élection. Des centaines de milliers, peut-être des millions de personnes dans les rues disent par le biais de ce slogan que les actes de Tayyip Erdogan dépassent la légitimité démocratique. En fait, ce n’est pas la légalité mais la légitimité démocratique qui est remise en question.

De plus, le Premier ministre turc est soutenu par la moitié de son électorat et essaie d’exclure la deuxième moitié du peuple turc qui n’a pas voté pour lui.

Cette révolte est l’expression de la dignité des citoyens blessés.

L’argumentum ad populum n’est plus jamais un élément de la démocratie.


2 réflexions sur “Les indignés de Turquie

    1. On ne peut contraindre qui que ce soit à débattre d’un sujet s’il ne le souhaite pas. Certains des articles que nous relayons ne reflètent pas nos propres avis mais peuvent susciter des discussions, permettre aux débats de progresser. Pour cela encore faut-il que l’auteur consentent à la contradiction. Nous n’entendons pas mener unilatéralement ce genre d’initiative en nous heurtant au silence pour toute réponse.
      Le texte avait bien commencé et avait même rencontré toute notre sympathie jusqu’à l’exposé comparatif associant improprement le mouvement des indignés espagnols, arabes et frenchies, en les opposant à un hypothétique « printemps turc » qui en marquerait les nuances plutôt imprécisément. De plus d’appuyer sur les faits supposés que les turcs ne voudraient pas que dégage Erdogan dont ils reconnaitraient la légitimité démocratique nous semble permettre de maintenir la voie ouverte aux démocrassouillards et réformistes attendant leur heure pour s’approprier le mouvement après l’avoir progressivement vidé de sa substance, après l’avoir « phagocyté » (ainsi que l’ont été en effet certaines fractions du mouvement des « indignés »à la faveur d’efforts théoriques insuffisants ou inexistants) à un point qui leur permettrait de s’assurer de son contrôle. Affirmer que le « printemps arabe » portait en lui « l’accession des islamistes » au pouvoir est on ne saurait plus faux et aveugle.

      Cette confusion est dangereuse. les arguments abondant dans cette direction (y compris par étourderie théorique ou méthodique) ne sont pas acceptables en l’état et doivent être critiqués.
      N’ayant pu en discuter autrement avec B, le relais de cet article déjà intégralement présent sur les AZA, devra peut-être attendre cette fois qu’il soit possible d’en faire un sujet de discussion commune avant d’en élargir la publication aux deux sites de N.I associés au AZA.

      Il ne s’agit donc pas d’une censure de notre part? Nous ne la prisons pas autant que de poser la nécessité qu’il y a d’ouvrir la place aux joies de la critique et de la jactance plurielle.

      Cordialement.

      S.

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