Turquie et Kurdes: la paix mais à quel prix ?


ocalanComment faut-il lire l’évènement historique en Turquie? Ce chemin pourrait conduire le pays vers la paix(?) après le conflit entre les Turcs et les Kurdes durant plus de 30 ans et qui a fait quelques quarante mille morts. Le 21 mars 2013 est l’un des jours historiques de la Turquie.

Des centaines de milliers Kurdes se sont rassemblés à Diyarbakir, la plus grande ville peuplée majoritairement par les Kurdes, pour fêter le Newroz (nouvel an célébré dans le monde kurde avec l’arrivée du 
printemps comme Iran) 

Ce jour-là n’a pas été un évènement historique en raison du Newroz, mais ce qui l’a rendu comme un jour remarquable, c’est la lettre du leader du PKK, Abdullah Öcalan, qui est prisonnier depuis 1999. Il a appelé ses partisans à enterrer les armes, ainsi que les faucilles et les marteaux de la guerre.

Ce qui a été encore plus important dans cet appel, c’est qu’il a déclaré que maintenant, il faut oublier ce qui s’est passé depuis 30 ans.

Il n’a même pas hésité à dire que nous, les Turcs et les Kurdes, devrions nous battre contre ceux qui essaient de nous diviser.

Il semblerait que les pourparlers entre le gouvernement turc et le PKK aient commencé à porter leurs fruits. Il est très clair qu’Abdullah Öcalan est l’un des deux acteurs les plus importants qui peut mettre un point final à cette guerre asymétrique. Bien qu’étant détenu dans sa cellule d’Imrali, l’île de la mer de Marmara, pour une peine de prison à vie, il n’a jamais perdu son influence sur les Kurdes, le PKK et le parti pro-kurde.

Les dirigeants du PKK ont déclaré leur obéissance à Abdullah Öcalan quoi qu’il prenne comme décision.En substance, on pourrait dire, s’il s’agissait d’une roulette russe que s’il y avait six balles dans le barillet les « obéissants » miseraient quand même!

VIDÉO

Cette première image démontre qu’il n’y a aucune raison de ne pas être optimiste.

De l’autre côté, M. Erdogan, le premier ministre turc, a pris une décision que nul autre gouvernement n’aurait osé. Il faut accepter qu’Erdogan a choqué beaucoup de personnes en faisant entendre par sa bouche « la voix de la paix » puisque le gouvernement turc utilisait la force d’une façon nationaliste depuis longtemps.

Il y a là quelque chose d’incongru, voir inimaginable  il y a encore quelques mois. L’observateur le plus balourd en resterait dubitatif…

Pourquoi donc ce changement fondamental?

Il faut ne pas oublier qu’Erdogan est aussi, paradoxalement, populaire parmi les Kurdes. La moitié des Kurdes votent pour Erdogan qui psalmodie volontiers et de plus en plus fréquemment  l’importance de la fraternité dans l’islam. Il me semble que ce changement est basé le concept « néo-ottoman » remplaçant l’idée d’« État-Nation » par celle du panislamisme, voire du pansunnisme.

A mes yeux, la raison la plus importante et probablement calamiteuse est qu’Erdogan veut être le Président-absolu détenant le pouvoir-absolu. Pour réaliser ce rêve, Erdogan a besoin de mettre un point final à la question kurde. L’existence de ce « point final »  au loin, tel un orage menaçant ne laisse d’interroger sur les bonnes raisons qu’il y a d’être raisonnablement et peut-être même nécessairement pessimiste.

A noter que la valeur partagée entre les partisans d’Erdogan et les Kurdes rebelles soit sans aucun doute l’Islam.(Cf; Islam et Islam?) Certains peuvent s’opposer à cette idée en disant que le mouvement kurde est un mouvement « marxiste-léniniste » dans sa version stalinienne. Mais soyons clairs: c’est sur le fond très loin d’être vrai, parce que si l’idéologie M-L est ainsi fondée , les Kurdes sont « à-contrario », majoritairement conservateurs. 

Le parti pro-kurde, BDP, en ayant  « subitement pris conscience », a commencé à s’articuler plus ou moins adroitement sur le terrain islamique et comme le parti d’Erdogan. Disons que, si Erdogan pouvait « achever » ce conflit, il remporterait le prix Nobel de la Paix Mais n’oublions pas, ailleurs, Shimon Perez l’a obtenu, lui aussi, sans pour autant que ne soit résolue ou solutionnée la question palestinienne.

Revenant à la déclaration d’Öcalan, il a annoncé qu’il ne regardait pas l’islam au travers d’un jargon classique gauchiste. «Nation symbolise l’internationalisme de l’islam» et «Les lobbys étrangers veulent séparer les peuples de la Turquie en utilisant la laïcité» …

Tout indique que Öcalan semble avoir accepté de se « repentir » sous la hampe du drapeau Islamique. Est-ce que demain les nouvelles armes de Öcalan seront le fer à friser, le peigne à barbe, en lieu et place de la faucille et du marteau enterrés comme nous l’avons vu plus haut?

Est-il prêt à jouer le jeu du régime, qui tente cyniquement de lui faire prendre part à la dictature?

erdogan

Tout en considérant, que par ce chemin, la Turquie pourrait peut-être trouver la paix, il est à peu près certain  que ce ne sera pas du tout la paix de la Démocratie. 

Cette « paix armée » servira seulement à consolider le pouvoir d’Erdogan. 

Bien entendu, le climat politique en Turquie sera changé pour les Kurdes qui y gagneront certains lambeaux de « droits fondamentaux ». En tout cas, personne n’a le droit d’accuser fallacieusement les Kurdes rebelles pour trouver un compromis avec le gouvernement turc. 

Le mouvement kurde est le plus efficace opposant en Turquie. Ils se sont battus jusqu’au bout et ils sont en train de réussir ce qu’ils voulaient, même s’ils ont renoncé une partie de leur but de départ. 

Certains gauchistes (même des membres du principal parti opposant) accusent (à tort ?) le parti pro-kurde, voire le PKK, d’aider Erdogan à devenir un président autoritaire en échange de l’obtention d’ersatz de leurs droits légitimes.

Malgré tout, je veux croire que les Kurdes opposants auront bien à l’esprit que la conviction de ne pas avoir « réellement » gagneé tous leurs droits légitimes alors que le pays continue d’être  dirigé vers toujours plus d’autocratie. Au cas où ils les auraient gagnés, ils auront assez l’expérience pour savoir « in fine » que cela restera essentiellement et non véritablement  une « victoire de papier »

Il y a un bon exemple sous les yeux: les Kurdes d’Irak avaient perdu leurs droits aussitôt que le parti unique était arrivé au pouvoir. Le Kurdistan irakien a gagné l’autonomie en 1970 mais cet accord n’a jamais été appliqué.

J’ai l’impression que le changement de l’attitude d’Erdogan est aussi lié à l’importance de Kurdistan irakien. Puisque actuellement le gouvernement turc n’a pas de bonnes relations avec le gouvernement central irakien. En revanche il a de bonnes accointances avec la région autonome du Kurdistan irakien. Si bien que la Turquie pourrait avoir certains avantages dans cette région autonome qui possède des matières premières minérales, en particulier du pétrole, si elle résout le conflit avec les Kurdes. 

Dans ce cas, le Kurdistan, faute de l’absence d’accès à la mer, aura besoin de la Turquie pour vendre son pétrole.

En conséquence, si la valeur partagée entre la majorité des Turcs et des Kurdes est l’Islam. comme le disent Erdogan et Öcalan, la Turquie deviendra insupportable pour les laïques. 

On ne peut pas dire que c’est un avancement de passer de la nation-éthnique (?) à la nation-islamisée(?)

La Société Turco-kurde baigne dans la tradition sunnite; une alliance entre le gouvernement turc et les Kurdes rebelles renforcera le pouvoir de la foi religieuse. Cette alliance incarne un système de valeur symbolisé par une religion et comme disait Samuel Huntington «Sans doute la force centrale qui motive et mobilise les peuples».

Le relativisme culturel n’est pas la stérilisation des règles d’une société pluraliste, par contre, cela doit être utilisé pour changer une société-nation en une société démocratique.

Comment donc pourrait-on critiquer Samuel Huntington désormais disant «Le sang et la foi : voilà ce à quoi les gens s’identifient, (…)» ( Choc des civilisations) (???)

Il est évident que la Turquie est enceinte, on verra bien quand elle aura accouché. 

D’ici à 2015, on vivra entre l’espoir de la paix, la peur de l’autocratie et les surprises de l’instabilité régionale. Dans cette équation, il faut bien analyser la relation Turco-israélienne. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a présenté ses excuses au chef du gouvernement turc Recep Tayyip Erdogan pour la mort de neuf Turcs à bord d’une flottille pour Gaza en 2010. Ce n’est pas une affaire simple indépendante des structures régionales. 

Ma foi, la raison la plus forte est la Syrie. Les deux pays essaient de faire tomber le régime d’ Assad, après la chute d’ Assad, une nouvelle crise pourrait éclater. Car chacun d’entre eux a un but différent et une volonté inégale. 

Cependant, ni les États-Unis ni Israël n’objecteront un régime sunnite satellite en Syrie (comme l’Arabie Saoudite). La deuxième raison serait l’Iran. Si les États-Unis et Israël souhaitent attaquer l’Iran, ils auront besoin de l’aide de la Turquie.

La paix est une vertu, souhaitable; c’est tout à fait ça. Personne ne peut dire que le conflit doit continuer, les pauvres turcs et kurdes se mettent à mourir dans une guerre sale. Cependant, il faut garder son sang froid et observer le processus. M. Erdogan, premier ministre turc, est un expert du populisme, du langage islamo-fasciste. 

Oublier le paradoxe du crocodile serait une erreur fatale.

(Peut-être rappeler en quelques mots ce que c’est que ce « paradoxe » pour les ignares comme moi….Merci – Steph-)

Alors: le paradoxe du crocodile est similaire au paradoxe du menteur, mais c’est plus finaud que ça. En effet, et là, attention les vélos: si on veut qu’une affirmation soit vraie, elle devient fausse et si on veut qu’elle soit fausse, elle devient vraie. En fait, dans les gros traits:, c’est réussir à faire croire aux gens que leurs vessies sont des lanternes! Ce que tout bon politicien se doit de pratiquer cet art sans se faire trop remarquer!

Gene….en espérant que cette explication soit compréhensible!

iznogoug


3 réflexions sur “Turquie et Kurdes: la paix mais à quel prix ?

  1. Je pense que, dans ton analyse qui est excellente, tu n’as pas oublié ou ne pas voulu écrire, que Netanyaou avait reçu Obama quelques jours avant de présenter ses excuses à Erdogan….
    Juste mon grain de sel au passage.
    Bises
    G.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s