Quand le Kurdistan se réveille


Attention . zone de conflit. Une guerre peut en cacher une autre, alors que les feux de l’actualité sont braqués sur la Syrie, une deuxième crise moins médiatisée, s’embrase au Moyen-Orient, comme attisée par ce vent du  »Printemps Arabe ». Il s’agit du Kurdistan, de la révolte d’un peuple sans Etat d’environ 30 millions de personnes, partagé entre quatre pays eux-mêmes au coeur de toutes les tensions : la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. Les hostilités ne datent pas d’hier mais ont pris une toute nouvelle ampleur dans le Sud-Est Anatolien.

Lundi le Premier Ministre de la Turquie, Erdogan a affirmé à la télévision, avoir tué 500 rebelles du PKK en un mois. Bien, comme pour faire oublier la mort de 8 soldats dans une explosion et quatre autres deux jours avant.     Pour riposter au PKK, l’armée a lancé le 8 septembre, une vaste opération comprenant 5000 soldats et des avions de chasse qui ont même frappé en territoire irakien.

Parallèlement, Ankara accuse Bachar el Assad d’armer le PKK, pire Erdogan menace d’attaquer la Syrie si les Kurdes s’y déclarent autonomes à l’instar des  Kurdes irakiens. Or plusieurs localités du nord sont déja administrées par un parti proche du PKK. Bref le Kurdistan est une grande poudrière et le drapeau rouge-blanc-vert  flotte dans bon nombre de localités en Syrie et le quartier kurde d’Alep , la capitale économique, échappe bel et bien à Damas. En réalité, l’armée n’a pas perdu ses villes, elle les a laissées au PYD, Les forces loyalistes kurdes abandonnent le front kurde pour se consacrer à la bataille d’Alep mais surtout cela permet à Bachar el Assad de créer une fracture entre les Kurdes et les rebelles du Conseil National Syrien, qui ne veulent pas d’une autonomie kurde. Tentant d’éviter la rupture, le CNS a placé à sa tête un Kurde, Abdel Basset Saida. De son coté le régime multiplie les gestes d’ouverture promettant de rétablir la citoyenneté syrienne à 200 000 Kurdes et autorisant le retour au pays du chef du PYD, Salih Muslim.

Officiellement la milice du PYD n’est active qu’en Syrie mais on sait bien que près d’un quart des guérilleros du PKK sont d’origine syrienne. A quoi rime leur coup de force, mais peut-être les rebelles kurdes espèrent-ils surfer sur la grande vague du Printemps Arabe et cela à un moment où le parti conservateur turc, l’AKP d’Erdogan abandonne sa politique d’ouverture envers la culture kurde, et en pleine dérive autoritaire, réprime même les Turcs qui défendent cette minorité, le grand paradoxe c’est qu’Erdogan s’est placé en grand leader naturel du monde arabe musulman et se retrouve à mater une partie de sa population.

Entre temps Barzani, le président du Kurdistan autonome en Irak,  arme les déserteurs Kurdes syriens  de l’armée de Bachar el Assad. Si le régime syrien tombe ils seront prêts à intervenir et ne s’entendront pas forcément avec ceux du PYD ou du PKK, conflit assuré. Cet été Barzani a réuni le PYD et les diverses obédiences du Conseil national kurde (syrien) pour qu’ils s’allient et cessent leurs disputes à l’heure d’administrer les villes ‘libérées ». Unis ils doivent pouvoir faire face au régime qui s’imposera à Damas.

Le grand Kurdistan , l’Etat-Patrie tout les Kurdes en rêvent mais surement pas dans un avenir proche entre autre parce que le peuple kurde est très divisé, écartelé entre quatre pays, soumis à des traitements différents,  pas homogène culturellement : quatre variantes de la langue kurde, deux alphabets (latin et arabe), diverses religions ( sunnite, chiite, alévi mais aussi yézidisme antique )    mais la question kurde reste une bombe à retardement dans un Moyen-Orient déja explosif .

 


4 réflexions sur “Quand le Kurdistan se réveille

  1. Nous aussi, on devient des antiquités, quelque part (il n’a a qu’à voir la fréquentation de ce site absolument super, mais à contre-courant avec les idées liberticides qui prennent le dessus sans voir personne broncher!)

    Juste une précision, le PYD est l’équivalant du PKK, mais en Syrie. Et là-bas, c’est un tel fouillis que cela mériterait presque une analyse plus approfondie car une chatte y perdrait ces petits…
    Une chose est sûre, c’est que l’on peut déjà rayer le soufisme qui a totalement disparu et ce que l’on voit au travers des merdias ne sont que des panneaux publicitaires pour une économie touristique. Une branche à couper donc dans cet amalgame de traditions.

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